28 février 2007
Ce que la presse britannique pense de Bayrou
Un article court mais exhaustif paru dans l'édition électronique de Courrier International du 22 février 2007
Lien permanent: http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=71110
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27 février 2007
Vers un passage au tout numérique?
Article paru dans Le Monde du 28.02.2007
Lien permanent: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-876265@51-861492,0.html
En 2006, Internet a stimulé la consommation de médias
Un article paru dans le Monde du 28.02.2007
Lien permanent: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-651865,36-876777@51-837044,0.html
En 2006, Internet a stimulé la consommation de médias
LE MONDE | 27.02.07 | 15h17 • Mis à jour le 27.02.07 | 19h59
ecours systématique à Internet pour préparer un exposé, déplacements en musique avec des oreillettes et un baladeur numérique - et bientôt avec la télévision mobile personnelle -, retour à la maison vers la console de jeux : ces pratiques fréquentes chez les jeunes préfigurent-elles nos futurs modes de consommation des médias ? Et face à la montée en puissance de ces habitudes numériques, les médias traditionnels auront-ils encore leur place ?
Pour ce faire, l'institut de sondages a demandé à un échantillon de plus de 9 000 personnes de noter leurs pratiques multimédias et, en parallèle, leurs autres activités courantes (manger, faire les magasins, se déplacer, se reposer, etc.). Ont été relevés les "contacts" avec chaque média, sans toutefois prendre en compte la durée de ces contacts. Ainsi, écouter la radio quelques secondes tout en surfant sur Internet pendant le même quart d'heure équivaut à deux contacts.
Au-delà des éclairages pointus que rechercheront les acheteurs de cette étude - essentiellement les agences de conseils et d'analyses -, "Media in life" livre quelques grands enseignements. Médiamétrie note tout d'abord une augmentation globale de 6,9 % de la pratique d'activités multimédias entre 2005 et 2006, sachant que de plus en plus de Français prennent l'habitude de recourir à plusieurs médias en une journée. En 2006, ils ont été 18,5 % à consulter chaque jour la télévision, la radio, la presse écrite et Internet.
"TOUT EST À LA HAUSSE"
Une étude plus fine des comportements des internautes livre des résultats parfois surprenants. Si l'on appelle internaute toute personne ayant fréquenté la Toile au moins une fois par jour, Médiamétrie constate que les internautes représentaient le quart de la population en 2005 (24,6 %), et le tiers en 2006 (31,2 %). En comparaison, 60 % des Français vont au moins une fois au cinéma par an, soit 1 % sur une journée moyenne. Une grande partie de la consommation Internet a lieu au travail, et la hausse concerne surtout l'après-midi.
Grands adeptes des loisirs numériques, surtout entre 13 et 24 ans, les internautes, par rapport à l'ensemble de la population, consomment plus de radio (86 % au lieu de 80 %) et de presse écrite (76 % au lieu de 73 %). Les 13-24 ans regardent toutefois un peu moins la télévision que les autres et en 2006, chez les 13-17 ans, l'usage d'Internet et des loisirs numériques a plus augmenté que celui des médias plus traditionnels.
"En termes de consommation, tout est à la hausse chez les internautes : téléphone fixe et mobile, musique préenregistrée, vidéo et jeux vidéo, télé et même la presse, notamment la presse gratuite. Au final on n'observe pas de baisse des contacts auprès des médias traditionnels", explique Arnaud de Saint Roman, directeur des activités convergence médias, radio et cinéma à Médiamétrie. Toujours selon Médiamétrie, la hausse du temps consacré à Internet ne se substitue pas aux pratiques des médias classiques. Elle mord surtout sur des activités qui n'étaient pas toujours dévolues aux médias : le repos, les déplacements, le silence.
Martine Delahaye
Plus de 9 000 sondés
L'étude a porté sur 21 jours en 2005 et les mêmes jours en 2006, soit 9 083 Français de 13 ans et plus chaque année. Les membres de l'échantillon ont noté leurs activités quart d'heure par quart d'heure, du lundi au dimanche d'une même semaine. Ont été recensées les activités média et multimédia où qu'elles se pratiquent, en plus des autres activités de la vie courante. Centrée sur le consommateur, cette étude est commercialisée auprès des agences médias, des médias eux-mêmes, des fournisseurs d'accès à Internet et moteurs de recherche.
Article paru dans l'édition du 28.02.07
Dossier sur les FARC
Allez voir le dossier sur les FARC paru dans l'Express en ligne du 22/02/2007: l'article contient en plus beaucoup de liens vers d'autres articles ou dossiers, très exhaustif!
http://www.lexpress.fr/info/monde/dossier/colombie/dossier.asp?ida=455791
LEXPRESS.fr du 22/02/2007
Les Farc
Le vrai visage des ravisseurs d'Ingridde notre envoyé spécial Axel Gyldén
Voilà cinq ans que la guérilla marxiste colombienne détient Ingrid Betancourt. Cette machine de guerre redoutable, financée par le trafic de drogue, aligne près de 15 000 combattants. Pourtant, malgré sa discipline de fer, elle semble affaiblie par la riposte militaire de Bogota
es montagnes de Colombie, où il vit dans la clandestinité depuis un demi-siècle, Manuel Marulanda Velez rêve-t-il de Bogota, lui qui, à 76 ans, n'a jamais mis les pieds dans la capitale de son propre pays? La dernière fois que le guérillero s'est rendu dans une ville, c'était il y a plus de trente ans, à Neiva, une préfecture de 300 000 âmes.
Toute sa vie, le chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) - qui tient à sa merci la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt et sa collaboratrice Clara Rojas, depuis le 23 février 2002, ainsi que près de 2 000 autres otages - a vécu loin des centres urbains, caché dans des villages déshérités et des hameaux coupés du monde. Au cœur de cette Colombie rurale, où les paysans se lèvent au chant du coq, voyagent à dos de mule et traitent leurs enfants en adultes avant que ceux-ci atteignent l'âge de 10 ans.
C'est là, au début des années 1950, que Pedro Antonio Marin (son vrai nom), alias «Tirofijo» («Tir précis», son premier surnom), fonde une milice paysanne d'autodéfense comme le pays en compte tant. C'est l'époque de la Violencia (1948-1953), cette guerre civile d'une sauvagerie inouïe durant laquelle la police, inféodée au Parti conservateur, persécute les paysans soupçonnés d'accointances avec le Parti libéral. La Colombie sombre dans l'anarchie. Le bilan est sanglant: 300 000 morts. Certaines milices d'autodéfense se livrent au bandolerismo (le banditisme). Pas celle de Tirofijo. Influencé par le marxisme-léninisme du Parti communiste colombien et par la révolution cubaine, le jeune agriculteur crée, avec une cinquantaine d'autres paysans et leurs familles, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). Nous sommes en 1964.
Initialement, les Farc se développent lentement et se financent grâce à un «impôt révolutionnaire», la vacuna («vaccin»), prélevé sur les éleveurs de bétail. En 1980, la guérilla marxiste compte 3 500 combattants déployés sur neuf fronts. Avec le boom de la cocaïne dû aux narcotrafiquants, qui s'implantent dans les territoires contrôlés par la guérilla, s'ouvrent de nouvelles perspectives. Les Farc lèvent un nouvel impôt, le gramaje («grammage»), calculé sur la production de poudre blanche. Dans les années 1990, la guérilla s'implique directement dans le trafic. Celui-ci constitue aujourd'hui sa première source de financement, avant les enlèvements contre rançon et tous les «impôts révolutionnaires». Fortes d'un budget quotidien estimé à 1 million de dollars, les Farc mobilisent, sur 60 fronts différents, une armée de 15 000 hommes… dont 90% sont originaires du monde rural.
«Par leur extraction paysanne, les Farc s'apparentent à l'armée de Pancho Villa sous la révolution mexicaine, mais en beaucoup mieux structurée, remarque l'analyste Alfredo Rangel, expert en histoire des guérillas, dont les ouvrages constituent, disent des témoins, la littérature de chevet de Manuel Marulanda. Cette origine rurale est l'une des singularités des Farc. Presque partout ailleurs, les mouvements révolutionnaires latino-américains furent dirigés par des leaders charismatiques, issus de la classe moyenne urbaine: voyez Che Guevara et Fidel Castro à Cuba, les Montoneros en Argentine ou le sous-commandant Marcos au Mexique.»
Ce n'est pas un hasard si Manuel Marulanda, pourtant auréolé du mythe de «plus vieux guérillero du monde», n'a jamais séduit les intellectuels latinos et encore moins la gauche européenne. Sans béret ni cigare, mais droit dans ses bottes en caoutchouc et éternellement «vêtu» d'une serviette éponge jetée sur l'épaule, le «camarade Marulanda» ne possède pas, il est vrai, la panoplie parfaite du petit guérillero romantique. Même les Colombiens hésitent à considérer comme l'un des leurs ce hors-la-loi taiseux sur lequel pèsent 113 chefs d'inculpation - pour homicides, extorsion, kidnapping, assassinat, attentat à la bombe et on en passe. Il ne partage avec eux aucun des centres d'intérêt si présents dans la culture populaire colombienne: religion, musique, humour, sport, goût du folklore.
2 000 otages aux mains de la guérilla
Ingrid Betancourt appartient à ce que les Farc nomment «le groupe des 58 prisonniers politiques». Celui-ci inclut sa collaboratrice Clara Rojas, 3 coopérants militaires américains, 12 élus locaux de la région de Medellin, 5 parlementaires nationaux et plus de 30 soldats et policiers, dont certains ont été capturés il y a près de dix ans. En outre, 1 900 autres otages «économiques» (libérables contre rançon) sont aux mains des Farc. En dix ans, la guérilla a kidnappé 302 enfants.
Parmi la troupe des Farc, en revanche, le madré Marulanda suscite respect et admiration. Sa trajectoire et sa modestie sont légendaires. Sa «malice indigène», aussi - ce trait de caractère si typiquement andin, qui consiste à jouer le naïf pour mieux tromper l'autre. Car derrière son air bonasse se cache un redoutable animal politique, donné 17 fois pour mort par les services de renseignement - la dernière fois, en 2006 - et toujours ressuscité. A l'instar de Fidel Castro, qui a survécu à dix chefs d'Etat américains, Marulanda a défié une dizaine de présidents colombiens, qui, tous, sans exception, s'étaient juré de le capturer. Quoique impopulaire - seuls 3% de ses compatriotes ont une image positive des Farc - le vieux guérillero est devenu un personnage incontournable de la scène politique.
Les déserteurs sont systématiquement fusillés
Longtemps sous-estimé - peut-être parce que, comme le dit un commandant des Farc, «les gens ont du mal à imaginer qu'un paysan puisse être un idéologue» - Manuel Marulanda a pourtant tiré de sa longue expérience une doctrine. Elle tient en peu de mots: la fin justifie les moyens. «Si Marulanda s'aperçoit que kidnapper des étrangers ou pactiser avec les trafiquants de drogue est politiquement ou militairement rentable, analyse Alfredo Rangel, alors, aucun problème: ce pragmatique absolu n'a aucun état d'âme.»
C'est peu dire que Manuel Marulanda a mis au point une machine de guerre impitoyable. «Du point de vue de l'efficacité militaire, poursuit Rangel, les Farc se comparent seulement à la guérilla salvadorienne du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN), qui, dans l'Amérique centrale en feu, tenait tête à Ronald Reagan sans vaciller.» A partir du milieu des années 1990, l'armée rebelle passe à la guerre de position. Les Farc démontrent qu'elles sont capables de concentrer jusqu'à 1 200 hommes afin de s'emparer d'une position ennemie!
Sur le terrain, la combativité, le professionnalisme et la résistance des guérilleros font merveille. Ancien garde du corps du redoutable chef de guerre «Romaña», le franc-tireur «Coco», 32 ans, en sait quelque chose, lui qui a combattu des centaines de fois au sein d'une unité d'élite rebelle avant de perdre un poumon et de déserter, après onze ans de bons et loyaux services. «A une époque, on allait au feu tous les trois jours, se souvient ce jeune homme blagueur, dont le regard fiévreux est encore habité par la mort. Il nous est arrivé de marcher six mois de suite à travers les Andes pour préparer une offensive. Chez les Farc, être fatigué, se plaindre ou contester un ordre est strictement prohibé.»
Ce n'est pas, loin de là, la seule interdiction en vigueur dans cette organisation de type stalinien, où règne une discipline de fer. Mal nettoyer son fusil, s'endormir pendant la garde, dénigrer un camarade, critiquer un supérieur, ne pas exécuter une mission, voler du sucre, boire de l'alcool, fumer en cachette, ne pas prendre la parole lors des discussions politiques ou encore s'attarder volontairement dans la rivière à l'heure de la toilette sont quelques-unes des innombrables fautes passibles du conseil de discipline. Présidé par le chef d'unité, celui-ci possède toute latitude pour prononcer des punitions sévères: faire 10, 50 ou 100 corvées de bois, creuser 15 mètres de tranchées, creuser 5 trous de 80 centimètres sur 80, semer 1 hectare de manioc, ramasser 20 kilos de maïs, rendre leur brillant à cinq marmites, porter le fusil-mitrailleur pendant quinze jours ou encore faire son autocritique en public.
La vie privée est, elle aussi, strictement réglementée. Les relations sexuelles entre guérilleros sont soumises à l'approbation de la hiérarchie et doivent donner lieu à une visite médicale préalable auprès de l'infirmière qui se trouve dans chaque unité de 26 combattants. Pour les femmes - près de 40% de l'effectif des Farc - flirter avec des civils est strictement illégal, tout comme le fait de tomber enceinte. «J'allais avoir 15 ans lorsque je me suis volontairement engagée dans la guérilla, raconte Johanna, aujourd'hui âgée de 26 ans. Très vite, j'attendais un enfant. Ils m'ont dit que je devais interrompre ma grossesse. J'ai d'abord refusé, mais ils m'ont dit qu'ils seraient alors obligés de me fusiller. Finalement, j'ai absorbé les pilules abortives fournies par leurs soins et j'ai passé dix années chez les Farc, en tant qu'infirmière. L'année dernière, j'ai pris la décision de déserter. Peu après mon départ, ils ont assassiné, en punition, mon père et ma sœur.» Quant aux déserteurs rattrapés avant d'avoir atteint la ville, ils sont systématiquement fusillés au peloton d'exécution… après avoir reçu l'ordre de creuse leur propre tombe.Au sein des Farc, être «démoralisé» est un danger tout aussi mortel. «Afin de limiter le risque que les éléments démotivés passent à l'ennemi, les guérilleros jugés peu fiables sont envoyés en première ligne afin de remplir des missions impossibles qui s'apparentent à des opérations suicides», témoigne un autre déserteur, sans savoir que, à l'autre bout du monde, cette technique de purge était également mise en pratique par les Khmers rouges, au Cambodge.
Cinq fois moins d'attaques de la guérilla
Par leur organisation éminemment bureaucratique, les Farc puisent également dans la tradition soviétique. Instance suprême de la guérilla, le «secrétariat» fiche ainsi systématiquement les combattants dans une base de données. L'Express a pu consulter le disque dur de l'ordinateur portable saisi par l'armée sur le chef du 58e Front de guérilla. Il contient les «fiches de vie» de ses 195 soldats. Outre l'état civil, y figurent la date de recrutement, le nom de l'agent recruteur, des données familiales, les faits d'armes, les blessures. La rubrique «comportement» récapitule l'historique des fautes commises, ainsi que les sanctions afférentes par le conseil de discipline ad hoc. Enfin, le degré de motivation du combattant est soigneusement consigné. Au moment de sa saisie au combat, le disque dur du 58e Front des Farc fournissait les indications statistiques suivantes: 19 déserteurs, 31 femmes, 29 morts au combat, 3 fusillés, 15 «desmoralizados».
A lire
Un article de Daniel Pécaut, chercheur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), paru dans Hérodote (quatrième trimestre 2006)
A l'apogée de sa puissance, voilà cinq ans, l'armée des Farc se trouve aujourd'hui, et depuis l'avènement, en 2002, du président de droite, Alvaro Uribe, sur la défensive. En augmentant l'effectif de l'armée régulière et celui de la police militaire, passés, au total, de 200 000 à 300 000 hommes, le chef de l'Etat a enclenché une stratégie de riposte militaire contre la guérilla, dont la présence menaçante se faisait sentir jusqu'aux abords de la capitale. Parallèlement, un programme de démobilisation des forces paramilitaires tente, pour la première fois depuis vingt ans, de limiter la prolifération de ces supplétifs de l'armée régulière qui agissaient en dehors de tout cadre légal et massacraient allègrement des civils, sans être inquiétés.
La situation s'est améliorée. Dans ce pays imprégné par la «culture de la violence», le taux d'homicides est à son niveau le plus bas depuis vingt-cinq ans. Le nombre d'enlèvements est passé de 2 800 par an (en 2002) à 687. Les attaques de la guérilla contre des civils sont cinq fois moins nombreuses qu'il y a cinq ans. Les violations des droits de l'homme commises par la force publique sont en diminution. Les principaux axes routiers, sur lesquels la guérilla procédait à des opérations de kidnapping - les pescas milagrosas («pêches miraculeuses») - ont été sécurisés. Alvaro Uribe, 44 ans, a triomphalement été réélu, en mai 2006. Anticipant le succès de celui qu'il nomme «le fasciste agenouillé devant les gringos», le porte-parole des Farc, Raul Reyes, avait prévenu: «Aussi longtemps qu'Uribe sera au pouvoir, il n'y aura pas d'accord d'échange humanitaire.»
Pour Ingrid Betancourt et ses codétenus, cette déclaration équivaut à une rallonge de peine d'au moins trois années dans la moiteur de la chaleur tropicale.
Bayrou exalte son indépendance
Un article de l'Express: http://www.lexpress.fr/info/france/elysee_2007/actu.asp?id=9396
mardi 27 février 2007, mis à jour à 07:45
UDF
Bayrou exalte son indépendance LEXPRESS.fr
Invité lundi soir de l'émission J'ai une question à vous poser, le candidat de l'UDF a réaffirmé son souhait de gouverner avec des personnalités venues de tous horizons. A condition qu'elles acceptent ses règles du jeu
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"Faire travailler des gens de camps différents" Dans ses réponses aux questions d'un panel de Français, le "troisième homme" des sondages a détaillé sa démarche politique et le risque qu'il estime avoir pris en affichant son indépendance. "Il aurait été extrêmement confortable pour moi d'accepter les postes ministériels très valorisants", a-t-il dit. "J'ai pris la responsabilité lourde de proposer aux Français un autre chemin". "Si j'avais voulu être dans le confort, je serais avec les autres, et je pense même qu'ils m'auraient fait des ponts d'or pour être avec eux", a encore assuré François Bayrou, que l'UMP Nicolas Sarkozy et la socialiste Ségolène Royal cherchent à discréditer, à huit semaines du premier tour. "Si on veut faire du concret, du vrai, il faut être capable de faire travailler des gens de camps différents qui sont compétents, qui choisiront cette manière de rassembler les Français au lieu de les diviser", a-t-il fait valoir. "Je n'ai pas été contre l'Etat UMP, contre l'Etat PS, pour vouloir le remplacer par un Etat UDF. Ça ne m'intéresse pas". François Bayrou a confirmé que s'il était élu, il pourrait nommer à Matignon un Premier ministre de gauche mais que le rassemblement supposerait que chacun "accepte la règle du jeu" et "les principes arrêtés". Interrogé sur la majorité avec laquelle il gouvernerait, François Bayrou a prévenu qu'il n'avait "pas vraiment l'intention de négocier". "Faites aux Français le crédit de penser que s'ils donnent mandat à un président de la République de changer les choses, ils lui donneront aussi la majorité qui va avec", a-t-il dit. "Je ne fermerai pas la porte à ceux qui voudraient soutenir le gouvernement, venus de la droite ou venus de la gauche", a-t-il ajouté. "Mais ce gouvernement, "ce n'est pas: venez braves gens et c'est l'auberge espagnole. C'est : venez avec vos valeurs que je respecte". "On ne gagne plus avec des promesses" A la discrimination positive défendue par Nicolas Sarkozy - qui ne "marchera pas en France" -, il a opposé la défense du "modèle républicain" dans l'école et dans l'entreprise. L'élu béarnais a aussi dit son souhait de ramener l'Etat là où il y en a le plus besoin selon lui, à savoir dans les banlieues et les campagnes. François Bayrou est aussi revenu sur la question de la dette de l'Etat, aujourd'hui proche de 1200 milliards d'euros. Il veut "revenir en trois ans à une situation où la dette ne grossit plus" et "inscrire dans la Constitution l'interdiction pour un gouvernement de présenter un budget en déficit de fonctionnement". "Les campagnes électorales ne se gagnent plus avec des promesses", a affirmé le président de l'UDF, qui poursuivra mardi par Metz sa campagne de terrain. "Les Français en ont soupé qu'on leur raconte des histoires". | ||
Besoin d'Afrique dans notre Sud
Un article de l'Huma sur les relations entre les régions du sud de la France et l'Afrique.
Lien permanent: http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-02-24/2007-02-24-846604
Grand Sud
Besoin d’Afrique dans notre Sud
Les destinées des régions du sud de la France et de l’Afrique sont liées. Les ONG qui s’engagent plutôt dans le solidaire que dans l’humanitaire en sont les plus conscientes.
Le diaporama pourrait s’intituler : « De la Penne-sur-Huveaune (Bouches-du-Rhône) à Konséguéla (sud du Mali) et retour... » En duplex pendant quelques instants avec le maire de cette commune rurale de dix-sept villages en pleine zone cotonnière, une centaine de personnes consacrent une soirée de février, dans une salle municipale de ce village provençal, à discuter prix du coton, éducation sanitaire, - cultures vivrières, droits de la femme en Afrique. Il y a de la curiosité, voire de la passion, autour des membres de la délégation du pays d’Aubagne et de l’Étoile, qui rentrent tout juste du Mali. Durant son séjour de repérages elle a été reçue par le président de la République, « ATT ». C’est que, ainsi que le souligne Bassirou Diarra, le conseiller du président Touré, « c’est la première fois en France qu’une communauté d’agglomération mène un projet d’une telle envergure au Mali. Cela inaugure aussi une nouvelle forme de coopération qui sort de l’ordinaire, au sens où elle met en mouvement des citoyens, français et africains ». Le président communiste de la communauté, Alain Belviso, précise : « Les cinq associations d’amitié avec le Mali présentes dans "l’agglo" et nous-mêmes, qui avons organisé le premier salon régional du commerce équitable, réfléchissons à de nouvelles formes de coopération qui seraient des constructions partagées, fondées avant tout sur l’échange. Car, ainsi que le dit Aminata Traoré (ancienne ministre de la Culture du Mali - NDLR), l’Afrique à besoin de nous autant que nous avons besoin de l’Afrique. » Concrètement, au lieu de verser de l’eau dans un tonneau sans fond, le pays d’Aubagne et de l’Étoile, dont la délégation a commencé à recenser les besoins des 8 000 habitants de Konséguéla, va agir à long terme dans les domaines de la santé, de l’agriculture et du tourisme. En retour, par exemple, un paysan « amapien » (1) d’Aubagne espère bien, par les temps de réchauffement climatique qui courent, apprendre à mieux cultiver en économisant l’eau. Le lieu emblématique de ces échanges sera une Maison de l’amitié offrant un hébergement aux techniciens travaillant sur les projets de coopération en cours et des touristes solidaires et permettant aussi aux jeunes des deux continents de se rencontrer.
Ainsi le Pays d’Aubagne et de l’Étoile est l’une parmi les trois mille collectivités françaises qui se sont lancées dans la coopération décentralisée, autorisée par les lois de... décentralisation de 1992 et 2005. Dix mille actions sont en cours dont une bonne moitié concerne le continent africain (et cent cinquante pour le seul Mali) pour un montant total de vingt millions d’euros. Une goutte d’eau dans un océan d’indifférence européenne, l’Union ayant ces dernières années les yeux de Chimène pour ses nouveaux prétendants de l’Est. La France elle-même, soumise à l’inflexible pacte de stabilité a grandement réduit son aide publique au développement. Pourtant selon le ministère des Affaires étrangères (qui s’est vu récemment dépouillé, à ce sujet, de certaines de ses prérogatives, au bénéfice du ministère de l’Intérieur) cette coopération décentralisée possède des atouts majeurs : « Elle permet des échanges entre populations en s’inscrivant dans la durée, elle favorise le développement durable local, elle aide à la lutte contre la pauvreté. » (2)
LE MAROC a LA CoTE
Le message est cependant passé, plus ou moins clairement, dans nos régions du grand Sud. Si la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur se montre particulièrement dynamique en prenant le relais de l’État et en consacrant 5,3 millions d’euros (en 2004) à l’aide au développement, son action se concentre sur les seuls pays du Maghreb (lire page 3). Le Maroc et surtout, curieusement, la région de Marrakech ont particulièrement la cote, que ce soit en Midi-Pyrénées qui a signé en octobre 2002 une convention portant sur l’agriculture, la télémédecine et le tourisme, ou en Languedoc Roussillon qui, depuis 1990 travaille avec des institutions locales à des projets techniques et scientifiques. Toujours le Maroc, pour l’Aquitaine qui échange avec le conseil régional du Souss Massa Draa, ne consacrant à la coopération décentralisée qu’une enveloppe totale, en 2004, de 0,8 million d’euros (0,7 million pour Midi-Pyrénées). Mais cela peut paraître important pour l’Afrique : le budget annuel d’une commune malienne telle que Konséguéla est de soixante mille euros !
C’est dire que la coopération décentralisée sort à peine du berceau. Lors du récent Forum social mondial (FSM) de Nairobi (Kenya), il en fut d’ailleurs très peu question bien que ce nouveau type d’échanges, pour réussir, nécessite du volontarisme politique, du militantisme et ce fort esprit citoyen que revendiquent les altermondialistes. Geneviève Legay, militante à Nice qui y a participé, a plutôt été frappée par ce sentiment exprimé par les Africains de « dévalorisation » par rapport aux Européens. « J’ai supposé que la colonisation n’y était pas pour rien et donc, en tant que Français, nous portons une responsabilité particulière qui est toujours d’actualité avec cette dette insupportable qui maintient encore les peuples d’Afrique dans l’asservissement. »
« NOUS AVONS
BESOIN D’AFRIQUE ! »
En conséquence de quoi, face au cynisme ou à l’hypocrisie de certains états qui transpiraient du « bunker » de Cannes, lors du récent sommet franco-africain, les ONG ont encore un rôle important à jouer. Et du pain sur la planche ! Ce n’est pas pour décourager Monique Waterquein, militante au Comité catholique contre la faim dans le monde et responsable de Méditerranée Afrique Solidarité basée à Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes), l’une parmi mille associations fourmis qui oeuvrent en Afrique « au sein des populations les plus pauvres des milieux ruraux ». En vingt ans d’activisme, son appréciation sur le rôle de son association a évolué : « Il faut en finir avec l’assistanat pour aboutir à une solidarité vraie. » Elle aussi estime que « nous avons besoin d’Afrique ». Et de prendre l’exemple de ces coopératives de femmes algériennes qui se sont spécialisées dans le recyclage des sacs en plastique, en tissus et tapis. « Cela pourrait donner de bonnes idées chez nous ! » sourit-elle.
Magali Giovanangelli, première adjointe au maire d’Aubagne qui faisait partie de la délégation de « l’agglo » au Mali, ne pense pas autre chose. Mais elle souligne : « Non seulement nous apprenons beaucoup de la civilisation qui est en face de nous, mais la relation humaine retrouve tout son sens. Cela replace l’homme au centre de tout. Si l’on veut donner mais aussi recevoir, il faut passer d’une coopération humanitaire à une coopération construite et approuvée par les gens. C’est-à-dire à une coopération politique. » Çà et là, cette nouvelle façon de penser l’Afrique est en marche.
(1) Une AMAP est une association pour le maintien d’une agriculture paysanne.
(2) Pour en savoir plus
sur les fondements de
la coopération décentralisée : www.diplomatie.gouv.fr.
Philippe Jérôme
Article paru dans l'édition du 24 février 2007.
Europe et élections présidentielles françaises
Pour l'information sur l'Europe en français, allez donc voir le site: http://www.europeplusnet.info/article661.html
N'hésitez pas à vous pencher sur l'enjeu que représentent les élections françaises pour les autres états européens (débat sur la Constitution). Si vous lisez la presse allemande, les élections françaises donnent lieu à de nombreux commentaires (cadre de la présidence allemande de l'Union)
| Spécial Présidentielles 2007 Les Mr et Mme Europe des candidats chaque semaine sur BFM Belgique 22/01/2007 • 12h00 "LE GRAND POINT DE VUE EUROPÉEN" sur BFM Belgique Le RV européen hebdomadaire proposé par Stephen BUNARD Le lundi à 12h40 dans le cadre du "12/13 Europe" Rediffusé dans la semaine. Sur 107.6 FM pour les Bruxellois / autres fréquences belges et depuis la France, voir sur www.bfm.be En savoir plus : www.europeplusnet.info/article632.html Concept : Chaque semaine, pour parler de l’Europe autrement, des interviews de personnalités du monde politique, économique, artistique et de la société civile européenne. A noter : En Belgique, BFM, radio d’information en continu, est l’équivalent de France Info et s’adresse aussi bien aux décideurs économiques qu’aux décideurs européens. Retrouvez les candidats à la présidentielle interrogés par un jury de journalistes européens et internationaux à la Maison de Radio France, à Paris. 15/1 : Eric Delhaye, porte-parole de Cap 21, directeur adjoint de la campagne de Corinne Lepage 22/1 : François Coustal, conseiller européen d’Olivier Besancenot, membre de la direction nationale de la LCR (Ligue Communiste Révolutionnaire) 29/1 : Yann Wehrling, ancien porte-parole des Verts, conseiller Europe de Dominique Voynet (Les Verts)
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Le réchauffement climatique ne fait plus débat
Un article qui recense tous les articles parus dans Les Echos sur le thème de l'énergie renouvelable depuis janvier, donc sur une période susceptible de vous intéresser.
Lien permanent: http://www.lesechos.fr/info/energie/300136948.htm (rubrique des Dossiers des Echos)
Info & Secteurs > Energie / Environnement > Dossiers
ENVIRONNEMENT -
Le réchauffement climatique ne fait plus débat
[ 29/01/07 - 17H07 ]
Le climat de la Terre se réchauffe, et l'activité humaine en est, en partie, responsable. Tel est le consensus scientifique sur lequel ont planché du 29 janvier au 1er février à Paris plus de 500 spécialistes réunis par le Groupe d'experts intergouvernemental du climat, le Giec, à l'initiative des Nations Unies. L'occasion de faire le point sur les dernières théories et initatives en matière de réchauffement climatique...
1. L'alerte des scientifiques
Réchauffement climatique : les scientifiques durcissent le ton (29/01/2007) 
GIEC : la menace climatique se précise (30/01/2007) 
La prévision climatique est-elle plus fiable ? (09/02/2007) 
Réchauffement climatique : le rôle de l'homme reconnu sans équivoque (05/02/2007) 
500 experts traduisent la menace pour les profanes (29/01/2007) 
2. La mobilisation internationale
Près de 50 pays favorables à une ONU de l'environnement (05/02/2007) 
Trois points durement négociés avec les diplomates (05/02/2007) 
La France relance l'idée d'une " Organisation des Nations unies pour l'environnement " (02/02/2007) 
Le climat au menu du prochain G8 (30/01/2007) 
3. Le développement des énergies renouvelables
Les énergies renouvelables attirent les investissements (31/01/2007) 
La Guadeloupe, vitrine du savoir-faire français (31/01/2007) 
4. Les initiatives des entreprises
Entreprises : les mille et une manières de réduire les émissions de CO2 (01/02/2007) 
John Llewellyn : " La taxe sur le dioxyde de carbone a le grand mérite d'être simple " (01/02/2007) 
5. Nos analyses
Le billet d'Erik Izraelewicz :L'entreprise verte
L'éditorial de Philippe Escande :Climat : d'une génération l'autre (02/02/2007) 
Le point de vue de Michel Barnier :Dix propositions pour relever le défi énergétique (02/02/2007) 
6. Notre série "Sciences" sur le réchauffement climatique
Le réchauffement
Le réchauffement ne fait plus débat (29/01/2007) 
Le modèle
Les modèles climatiques à la loupe (30/01/2007) 
Les conséquences
Archéologues et climatologues estiment que le déclin brutal de la civilisation maya a été provoqué par un changement climatique.Le climat, bourreau des Mayas (31/01/2007) 
Le consommateur
L'urgence d'une consommation responsable (01/02/2007) 
" Générer le désir " : l'avis de la psychosociologue Danielle Rapoport (01/02/2007) 
Les entreprises
Des entreprises se saisissent du développement durable pour répondre à l'attente environnementale des clients.Le vert doit être pragmatique et viable (02/02/2007) 
La publicité jugée à l'aune de son impact environnemental (02/02/2007) 
26 février 2007
La question des sondages
Le séisme du 21 avril 2002 a amené une prise de conscience dans les médias concernant le traitement de l'information politique en période de campagne électorale. Liberté de la presse, celle d'informer et d'être informé se heurtent à d'autres principes, comme l'égalité entre les candidats, la nécessaire neutralité du journaliste...
La question du sondage, de leur pouvoir est au coeur de la problématique. A quelle fréquence doivent-ils être publiés? Quelle forme doivent prendre les questions posées? (sachant que la forme d'une question peut changer considérablement l'orientation de la réponse). Un sondage n'est jamais anodin!
Ce qui est intéressant cette année, c'est le fait que les médias, conscients du danger que peuvent représenter les sondages les publient quand même, tout en mentionnant bien que "ce ne sont que des sondages" et que "tout peut changer". Où est encore l'intérêt du sondage si on ne peut plus s'y fier?
Derrière la question du sondage se pose la question de la place du citoyen dans cette campagne, une place assez particulière et qui constitue une petite rupture par rapport aux campagnes précédentes (émissions télés dans laquelle les citoyens interviennent). L'analyse peut se faire ici à deux échelles:
- à l'échelle du citoyen, désireux d'avoir voix au chapitre (les médias deviennent un moyen d'expression alternatif ou complémentaire au vote)
- à l'échelle de l'homme politique: l'importance du rôle de l'image/ volonté d'être proche de l'homme de la rue...
* Un article du Nouvel Observateur: http://hebdo.nouvelobs.com/p2207/articles/a333855.html (version électronique)
Trois idées fausses sur les sondages
La marge d'erreur est de 2%.
Faux. La notion de « marge d'erreur », fondée sur le calcul des probabilités, n'a de sens que lorsqu'on travaille sur des échantillons aléatoires. Dès lors qu'on utilise - comme c'est le cas en France - la méthode des échantillons représentatifs, et surtout que les résultats sont « redressés » (voir ci-dessous), les chiffres sont plus ou moins bons, ou faux, selon que les hypothèses de redressement étaient plus ou moins valides. La marge d'erreur est indécidable.
Les sondages sont bidonnés.
Absurde. Les instituts engagent leur réputation sur les sondages électoraux, qui ne sont qu'une petite partie de leur activité. Ce qui est vrai, c'est que pour diverses raisons (méfiance des électeurs, dissimulation, montée de l'abstentionnisme...), les données recueillies sont de moins en moins fiables et les sondeurs sont amenés à les « redresser » de plus en plus. Car les instituts ne se contentent pas de collationner passivement les intentions de vote : ils tentent, à partir des réponses faites, de reconstruire ce que serait le vote s'il avait lieu dimanche prochain. Photo, oui, mais photo retouchée. Du coup, le redressement, à l'origine simple ajustement technique destiné à corriger un biais d'échantillon (pas assez d'ouvriers, trop de personnes âgées, etc.), prend une importance croissante et explique les écarts, souvent importants, d'un institut à l'autre. Car chacun a ses trucs, ses clefs de redressement (jusqu'à une dizaine). Ce qui garantit la sincérité des résultats publiés, c'est qu'un même institut ne change pas de méthode d'une enquête à l'autre.
Les sondages se plantent tout le temps.
Injuste. Les instituts de sondage ont presque toujours « vu » les grands mouvements de l'opinion. Mais ils ont parfois mal apprécié leur ampleur. Ils ont sous-évalué la chute du PC dans les années 1980, puis la montée du FN dans les années 1990. C'est que les sondages, par nature, sont assez conservateurs. Cela tient en partie à la technique de redressement, qui s'appuie notamment sur les « reconstitutions » de vote. Explication : pour vérifier que l'échantillon est bon, que les différents électorats ne sont pas sur ou sous-évalués, on demande aux gens pour qui ils ont voté la dernière fois. Et là, l'écart avec la réalité est souvent énorme. Comment l'interpréter ? Si 5% seulement des gens se « souviennent » avoir voté Untel, alors qu'il a fait 15%, est-ce parce que ses électeurs se cachent (auquel cas il faudrait tripler les intentions de vote pour Untel) ? Ou parce que depuis la dernière fois, ils ont changé d'avis et, réflexe très humain, mettent leur vote d'hier en conformité avec celui de demain (auquel cas il faut redresser avec modération) ? Beau casse-tête, dans une époque caractérisée par la volatilité croissante du corps électoral...
Claude Weill
Le Nouvel Observateur
* Un autre article du Nouvel Obs: du rapport entre les candidats et les sondages: arme ou épine dans le pied?
Lien permanent: http://hebdo.nouvelobs.com/p2207/articles/a333849.html
Ce que les sondages vous cachent
La semaine dernière, ils ont annoncé que tout était en train de basculer. Mais, derrière les chiffres qui ravissent les uns et démoralisent les autres, les vraies questions demeurent. Pourquoi Sarko, sacré avant l'heure, craint tant d'être le favori ? Pourquoi Ségolène se sent si seule à gauche et réfléchit déjà à de nouveaux alliés ? Pourquoi Bayrou veut escamoter Le Pen ? Et pourquoi le vieux leader du Front, que tout le monde voit monter sur le terrain, jure que, une fois encore, il créera la surprise ?
Il faut les écouter lorsqu'ils livrent leurs confidences, une fois refermé le grand livre des communiqués officiels et des interviews langue de bois. Immense déprime à gauche : «C'est foutu.» Euphorie à droite : «C'est gagné.» Surprise au centre : «Et si c'était vraiment jouable?» Présidentielle entre Villepinte et le show Ségolène de TF1, lundi soir. Ce devait être la semaine de la stabilisation et de la cristallisation. Ce fut celle du grand chambardement dans les têtes. Tous, de Sarkozy à Royal, en passant par Bayrou et Le Pen, avaient élaboré des schémas stratégiques. Les voilà obsolètes. Rien ne se passe comme prévu, ou tout au moins pas au rythme attendu. La faute à qui ? Aux sondages, bien sûr. Un par jour, quasiment. Sofres, Ipsos, Ifop, CSA : voilà les rois de la campagne. Ils disent «l'opinion des Français», ils nourrissent le commentaire, ils influent sur le comportement des candidats.
Sont-ils justes ? En tout cas, ils ne sont pas neutres puisqu'ils font tourner le système autour de leurs oracles. Ce sont des accélérateurs de mouvement dans un système médiatique qui, par nature, ne vit que dans l'urgence d'une élection encore virtuelle. Ce que cachent les sondages ? C'est d'abord le rôle qu'ils jouent dans la transformation des opinions qu'ils sont censés recueillir. Cette semaine, ils ont dit que la présidentielle était jouée, que la gauche était nue, que la bipolarisation gauche-droite, au sens classique du terme, était au bout du rouleau. La question n'est plus de savoir si c'est vrai - ou du moins, aussi vrai qu'ils le disent. Le sondage, c'est l'événement, et l'événément, c'est ce qui s'impose aux candidats.
Ce qu'il y a de bien avec Sarkozy, c'est qu'il réagit toujours au quart de tour. Mardi 13 février, devant les parlementaires UMP : «Rien n'est joué.» Et ce mot de «favori» qui soudain lui écorche la bouche ! Sarkozy est un traumatisé qui connaît son histoire électorale sur le bout des doigts. Giscard, qui était imbattable, Barre, qui devait tout écraser, Balladur, surtout, son ex-mentor, élu en février et défait en avril. C'était ce que disaient les sondages, en 1981, en 1988, en 1995... Tant que la Sofres ou l'Ifop lui montraient que sa campagne allait dans le bons sens et que celle de sa rivale tardait à prendre son envol, Sarkozy était aux anges. Une élection classique et sans histoires, réglée in fine dans un face-à-face inégal : c'était depuis le début son option stratégique dans laquelle finalement Bayrou et peut-être Le Pen n'étaient que des faire-valoir.
Et si tout cela s'écroulait ? Drôle de situation. A 55% dans les sondages de second tour, voilà soudain que la main de Sarko se met à trembler. Scène de chasse à la Réunion. En public, on joue les modestes. En privé, impossible de ne pas fanfaronner. «Cette campagne, je commence à bien la sentir.» Est-ce si sûr ? Avec une victoire promise, ce sont d'autres ennuis qui s'annoncent. A Paris, il y a ces barons de l'UMP qui passent d'une logique de campagne à une logique de gouvernement. Halte à la machine à promesses. A quoi bon désormais dépenser sans compter dès lors que l'affaire est dans le sac ?
Pauvre Ségo ! Si ça continue comme cela, ses meilleurs soutiens seront à l'UMP. Car, si elle décroche dans les sondages, qui d'autre reprendra le rôle-titre du challenger ? Bayrou ? Sarkozy le déteste plus que quiconque. La réciproque est d'ailleurs vraie. Il pensait le délester, en douce et avec le sourire, de ses meilleurs soutiens, tout au long de la campagne. A l'ancienne. Comme autrefois le RPR, les harkis de l'UDF. Ce que Chirac faisait à la Mairie de Paris, Sarko allait le faire chez lui, dans les Hauts-de-Seine, et puis dans tout le pays. Pour le coup de grâce, il comptait sur Simone Veil, une fois libérée, fin mars, de son obligation de réserve au Conseil constitutionnel. Mais, d'ici là, il ne faut pas que le candidat UDF renverse la table de la présidentielle en devenant le nouveau champion du TSF, Tout sauf Sarko. Cette hypothèse-là, à l'UMP, on n'y a jamais sérieusement réfléchi. C'était, paraît-il, pure guignolade. Du jus de crâne journalistique. Voilà pourquoi, soudain, Sarkozy devient conservateur. Sondages, sondages...
Ne pas les regarder, les contester, les nier. Evoquer les salles de meeting qui - de fait - ne désemplissent pas, les sites qui explosent, les militants qui, à la base, se démènent comme jamais. Bref, garder le moral coûte que coûte. Les sondages passent, mais le programme «infuse». Voilà la ligne. Elle vient d'en haut. Comme le doute qui, tout au long de la semaine, s'est lentement substitué à la mobilisation attendue... Gauche d'en haut, gauche d'en bas. Dans l'entourage de Ségolène Royal, les sondages se commentent à voix basse. Au téléphone. En soupirant.
Ils furent longtemps le vrai ressort de son succès. Pour gagner contre Sarkozy, qui d'autre qu'elle, au PS ? Aujourd'hui, ils sont son pire ennemi, et il ne suffit pas de dire - même si c'est souvent vrai - que le système Sarkozy et ses relais médiatiques les ont longtemps utilisés pour évacuer du même coup le problème. Quand les sondages sont bas, tout soudain se déglingue. 38% d'intentions de vote, en moyenne, au premier tour pour l'ensemble de la gauche. Depuis 1969, on n'avait pas connu pareil étiage. Quand elle l'a emporté en 1981 et 1988, la gauche pouvait compter sur une base de départ de 49,12% et 50,70%. Autre temps ! Autre système d'alliance ?
La question s'est posée dès le mercredi 14 février au secrétariat national du PS. Donner ou non un coup de main à Voynet pour lui permettre d'obtenir les parrainages nécessaires à sa candidature ? Si l'objectif est de tenir Ségolène le nez hors de l'eau le 22 avril, hors de portée de Bayrou, pourquoi faire ce cadeau aux Verts ? C'est le calcul de Hollande, qui renvoie à d'autres. Si, à la gauche du PS, il n'y a plus de réserve, comme le prétendent aujourd'hui les sondages, comment gagner sans aller chercher ailleurs les voix de la victoire ?
Parce qu'il ne faut pas faire turbuler prématurément le système, on parlera donc, comme Jean-Louis Bianco, de la «dynamique» d'une campagne enfin performante. Face à cette nouvelle donne sondagière, il y a ceux qui ont tout de suite compris l'enjeu. Fabius, notamment, qui a dégainé illico en parlant de «l'aimable imposture» d'un président de l'UDF trop ménagé à son goût par la candidate, ses porte-parole et tous ceux qui voient déjà un renfort pour une possible victoire le 6 mai. C'est le temps du soupçon. DSK le sait plus que quiconque. Les clins d'oeil de Bayrou dans sa direction ne sont pas innocents. L'aile droite du PS, c'est lui. Le trait d'union, c'est toujours lui. De là à l'imaginer en artisan d'un grand renversement d'alliances vers le centre... Avant Villepinte, DSK avait remis à la candidate de son parti la clé USB de ses propositions fiscales. Elle ne l'a pas encore utilisée. Dimanche 11 février au soir, il était au Crazy Horse pour le spectacle d'Arielle Dombasle, et le moins que l'on puisse dire est que les chansons de la compagne de BHL lui plaisaient davantage que la musique Ségo. Depuis, il est parti pour dix jours au Canada. L'exil pour mieux se faire désirer ? La distance, en tout cas, pour mieux évaluer l'effet destructeur des sondages dans une gauche aujourd'hui le dos au mur.
Oh la sainte colère ! Il aura suffi d'une phrase de Hollande, mercredi matin, 14 février, sur Canal+, pour que Bayrou explose et que ses lieutenants tirent à boulets rouges sur le premier secrétaire du PS. «Le troisième homme possible, on le connaît, c'est Le Pen. Arrêtez de créer d'autres effets !» Le ressenti du terrain contre la tendance des sondages. Hollande n'a pas lâché cette bombe pour rien, et, si le porte-parole de Sarkozy, Xavier Bertrand, lui a emboîté le pas, c'est que l'enjeu est de taille. C'est la peur de Le Pen qui réveille le souvenir du 21 avril 2002 et, paradoxalement, maintient en place le duopole UMP-PS.
Dans les sondages, on en est loin, et c'est aussi ce qui libère l'espace du candidat centriste. Ceux qui contestent l'étiage actuel du président du Front sont-ils des manipulateurs ? Ou exercent-ils leur devoir d'alerte avant qu'il ne soit trop tard ? C'est tout le paradoxe de Bayrou. Les seuls sondages qu'il veut croire sont ceux qui le mettent à la hausse et l'installent dans le rôle du grand régulateur d'un système politique enfin modernisé, selon les normes désormais en vigueur dans les autres démocraties occidentales. Or Le Pen est le point aveugle de sa stratégie. Pour que ça marche, il faut l'escamoter.
Curieux réflexe, au demeurant, chez le plus italien des candidats à la présidentielle. Le vrai modèle de Bayrou s'appelle Prodi. Prodi le centriste qui a mené deux fois la gauche transalpine au succès contre Berlusconi. Prodi qui, vendredi 16 février, dans les colonnes du « Parisien », a ouvertement apporté son soutien à son homologue français. Mais comment soutenir le parallèle entre les deux pays sans voir que, en Italie, le point d'appui de Prodi fut d'abord la lutte contre le berlusconisme ? C'est-à-dire une formule politique destinée à recycler une extrême-droite postfasciste dans le jeu d'une droite rénovée et rassemblée. Au fond, Bayrou voudrait que les sondages suivent le rythme de son offensive de printemps. Faire basculer la gauche d'abord, et pour cela oublier la menace Le Pen. Rassembler ensuite sur son nom tous ceux qui refusent Sarkozy et ses alliés potentiels, desquels Marine Le Pen apparaît comme l'expression achevée. Pour cela, il faut que les sondages suivent. Aujourd'hui, ils le font. Mais demain ?
C'est une profession de foi : il n'y croit pas, il ne veut pas y croire. Les sondages se trompent toujours. Il le sait d'expérience. Fermez le ban. Le candidat antisystème, le pionnier de ce positionnement aujourd'hui largement partagé, ne s'intéresse pas aux ficelles du système. Quoique... Le soir du meeting de Villepinte, le 11 février, dont il pensait qu'il relancerait la campagne socialiste, Le Pen a eu ce mot qui signale en tout cas une légère inquiétude : « C'est une bien mauvaise nouvelle pour M. Bayrou.» Le leader du Front national se veut le troisième homme, et il entend le rester. Le grand perturbateur, c'est lui, et personne d'autre.
Pour combattre «les candidats établis» - Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal -, il faut qu'ils tiennent en place. Tout au moins en début de campagne. Le Pen agit toujours de la même manière. Il n'est pas un coureur de fond. Ses accélérations, il les réserve pour la fin. D'abord il sème, enfin il récolte. Dans l'immédiat, son vrai problème est d'être candidat, et donc de réunir les 500 parrainages nécessaires à cette nouvelle aventure. Les sondages, qu'il feint de mépriser, ne le gênent que dans la mesure où ils éclairent trop violemment une scène sur laquelle il ne veut pas encore figurer. Le Pen est l'homme de la pénombre. Le brouillard lui convient. Ses vrais choix stratégiques, comme d'habitude, il les prendra au plus tard. A chaud. Quand l'événement sera là. C'est en tout cas la leçon qu'il a tirée de la présidentielle de 2002. Ce que cachent les sondages ? Et si c'était d'abord lui ?
François Bazin
Le Nouvel Observateur
Des rapports entre journalistes et politiques
Le thème des élections est battu en brèche dans les médias en ce moment. Ceux qui réalisent une revue de presse sur ce thème ne devraient pas avoir de difficultés à trouver de la matière afin de réaliser leurs travaux. Il est parfois également délicat de prendre du recul et de faire la part des choses dans la manière avec laquelle les médias traitent du sujet. L'article qui suit met en lumière les "carences " de l'analyse journalistique dans son traitement du phénomène politique. Il s'agit d'un entretien avec un sociologue qui répond à des questions posées par les internautes.
Lien permanent: http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-823448,50-875276,0.html
Cyril Lemieux : "Certains journalistes n'ont qu'une vision partielle du travail des politiques"
LEMONDE.FR | 22.02.07 | 19h15 • Mis à jour le 26.02.07 | 17h13
L'intégralité du débat avec Cyril Lemieux, sociologue spécialiste des médias., lundi 26 février, à 15 h .
ldemanus : Pensez-vous que l'information diffusée en France, que ce soit à la radio, à la télévision ou dans la presse écrite, soit suffisamment pluraliste ?
Cyril Lemieux : Je pense qu'elle pourrait l'être bien davantage. Pour cela, il faudrait que les journalistes parviennent à mieux respecter une de leurs règles de distanciation professionnelle que j'appelle la "polyphonie", autrement dit, le fait de donner la parole à l'ensemble des parties impliquées dans une compétition ou un conflit. Il faudrait donc réfléchir aux raisons pour lesquelles, bien souvent, ils respectent insuffisamment cette règle. A mon avis, cela est dû en grande partie à l'organisation du travail dans les rédactions.
Corsrc : Les éditorialistes sont-ils influents ?
Cyril Lemieux : Ils le sont sur les autres éditorialistes, plus largement sur les élites journalistiques, politiques, économiques. Beaucoup moins, certainement, sur la "population générale".
Atao : Quel est votre conseil pour se faire une opinion entre médias traditionnels et blogs ?
Cyril Lemieux : D'utiliser les deux types de médias. En utiliser un seul, c'est prendre le risque d'être incomplètement informé ou d'être désinformé.
Scampee : Peut-on objectivement coller une étiquette politique à une chaîne de télévision française ?
Cyril Lemieux : Il est certain que le traitement sur certaines chaînes de télévision laisse indubitablement penser qu'elles "penchent" d'un côté ou de l'autre politiquement. Cela ne veut pas dire que tous les journalistes de ces rédactions penchent de ce côté. Par conséquent, il faudrait développer davantage, dans ces entreprises de presse, la collégialité du travail journalistique et éviter que les décisions soient prises uniquement par la hiérarchie sans discussion possible avec les journalistes "de base".
Boubba : Comment se fait-il que l'émission de ce soir "J'ai une question à vous poser'" ne fasse l'objet que de rares commentaires alors que les passages de M. Sarkozy et de Mme Royal ont été largement annoncés et "vendus" par la presse ?
Cyril Lemieux : Une des motivations des dirigeants des chaînes pour promouvoir tel invité politique plutôt que tel autre peut être d'ordre politique, mais, bien souvent, il s'agit aussi et d'abord de motivations liées à des objectifs d'audience.
Eddy_Mitchum : Le décompte des temps de parole, sur lequel veille le CSA, est-il appliquable, appliqué et utile ? N'est-ce pas un leurre de démocratie ?
Cyril Lemieux : Il est globalement et approximativement évalué et respecté. Tant que la campagne officielle n'a pas débuté, c'est le principe de l'équité qui est censé prévaloir et qui laisse une certaine marge de manœuvre aux dirigeants des chaînes.
Kriskarma : Est-ce que les liens entre Nicolas Sarkozy et divers médias peuvent réellement faire penser à un processus de "berlusconisation" ?
Cyril Lemieux : Ces liens, avérés et anciens, jouent évidemment un rôle. Une des différences avec Berlusconi est que le candidat de l'UMP ne possède pas de chaîne. C'est d'ailleurs la preuve que posséder une chaîne n'est pas nécessaire pour y avoir accès.
Hassan : Quels sont les paramètres qui doivent présider au traitement d'une infomation équilibrée par rapport à la campagne et à tous les candidats ?
Cyril Lemieux : Les journalistes doivent respecter au mieux de leurs possibilités toutes les règles de distanciation professionnelles habituelles : séparation des faits et des commentaires, "polyphonie", conservation d'initiatives, etc.
Steph : Comment expliquer que les médias parlent peu des petits partis, qui font cependant partis de la démocratie ? Sommes-nous tombés dans un système à l'américaine ?
Cyril Lemieux : La question revient sur le problème de la notion d'équité contre celle d'égalité. Faut-il donner à tous une part égale, ou bien une part équitable, c'est-à-dire relative à leur "poids" ?
Enrichetta : Sur quelle indépendance des médias peut-on tabler quand on sait que la plupart d'entre eux sont aux mains de grands groupes financiers (Lagardère, Rothschild pour n'en citer que deux) ?
Cyril Lemieux : C'est vrai que la dépendance vis-à-vis des actionnaires pose d'énormes problèmes. Reste que les journalistes ne sont pas entièrement dépourvus dans leur capacité à faire valoir collectivement le respect qu'ils doivent à leurs règles de distanciation professionnelles vis-à-vis de leurs employeurs.
Bibi : Comment voyez-vous le rôle d'Internet par rapport aux médias traditionnels dans cette campagne ?
Cyril Lemieux : Internet n'est pas un média de masse et n'a donc qu'assez peu d'influence directe sur la "population générale". En revanche, il peut jouer en tant que source et en tant qu'appareil de lobbying vis-à-vis des journalistes des médias traditionnels, et ainsi exercer indirectement une influence sur la population générale.
Naaba : La proposition de M. Bayrou d'interdire à tout groupe en commerce avec l'Etat de posséder une filiale dans les médias est-elle envisageable et réalisable ?
Cyril Lemieux : Pour répondre, il faudrait entrer dans les détails techniques du dossier. Pour l'heure, il me semble que l'on peut dire que la proposition, sur le principe, mérite d'être bien accueillie. De manière générale, les hommes politiques font trop peu de propositions concernant une politique publique des médias.
Céline : Pensez-vous que M. Duhamel "mérite" la sanction dont il a fait l'objet, compte tenu du fait qu'aucun journaliste n'est neutre politiquement ?
Cyril Lemieux : Alain Duhamel a accepté cette "sanction" dans l'intérêt de ses employeurs France 2 et RTL. Pour ma part, j'ai tendance à considérer que les journalistes doivent être évalués sur leurs performances publiques.
Bougon : D'après vous, qu'est-ce que les médias ont retenu du 21 avril 2002 dans leur manière de traiter cette nouvelle élection ?
Cyril Lemieux : Peut-être un certain intérêt pour la vie sociale et le rapport à la politique dans les couches populaires et chez les "gens d'en bas". Mais il n'est pas certain que les principales "erreurs" commises en 2002 ne se répéteront pas si l'occasion de les commettre se présente.
Vincent : Historiquement, les médias ont-ils un jour garanti l'équité ?
Cyril Lemieux : Pas davantage que l'égalité, pour parler stricto sensu. Cela dit, ils ont pu y tendre collectivement.
Bibi : Que pensez-vous de l'attitude des médias vis-à-vis des sondages ?
Cyril Lemieux : Ils en abusent sans doute en en publiant de manière quasi quotidienne. A deux mois et demi du deuxième tour, par définition, ces sondages n'ont un caractère que très peu prédictif. L'effet de leur publication sur la structuration du jeu politique est sans doute le problème majeur qu'ils posent.
Fantasio : Le système américain où les médias prennent ouvertement fait et cause pour un candidat vous semble-t-il avoir certains merites ?
Cyril Lemieux : En France, pour la presse écrite, c'est aussi le cas bien souvent dans les dernières semaines précédant l'élection. La nécessité de ne pas s'engager en faveur d'un candidat s'impose sans doute plus dans les médias audiovisuels, notamment ceux du service public.
Naaba : Que faut-il pour devenir un bon journaliste politique ?
Cyril Lemieux : Désolé de me répéter : il faut surtout être capable de respecter les règles de distanciation professionnelles que j'évoquais tout à l'heure. Il n'y a rien de plus ou de moins à posséder comme qualité.
Carnibird : Peut-on se passer des médias dans le débat politique ? Quels autres moyens ?
Cyril Lemieux : Vous pouvez faire l'expérience en vous débranchant pendant une semaine. Je crois que, pour le meilleur ou pour le pire, nous avons besoin des médias pour avoir une réelle vie démocratique. Le tout est de bien "consommer" ces médias, c'est-à-dire avec sens critique et en multipliant ses sources.
Fantasio : Internet devient un média de plus en plus important. Comment cela est-il pris en compte par le CSA ou les organisations chargées de veiller à l'équite de la campagne ?
Cyril Lemieux : A priori, je ne pense pas que cela soit pris en compte par le CSA, qui ne veille que sur l'audiovisuel.
Lunapouic : A la télévision, ce sont les citoyens qui ont pris la parole à la place des journalistes. Qu'en pensez-vous ?
Cyril Lemieux : C'est vrai dans certaines émissions conçues sur le modèle de la "démocratie participative". Il n'est pas évident que toutes les émissions jusqu'à l'élection seront sur ce modèle. On peut imaginer un panachage avec des émissions plus classiques à base de débats contradictoires entre politiques et/ou face à des journalistes et des experts.
Fantasio : Pensez-vous que les communautés sur Internet puissent jouer le rôle de "contre-pouvoir", tout au moins de mise à l'epreuve des informations fournies par les médias ?
Cyril Lemieux : Oui, à l'évidence ces communautés peuvent constituer un contre-pouvoir. Mais Internet n'étant pas, je le répète, un média de masse, c'est surtout sur les médias traditionnels que ces communautés peuvent exercer ce contre-pouvoir.
Ju : Pensez-vous que le débat de 2005 sur le référendum européen a eu un impact sur le mode de communication actuel des candidats, notamment en proposant un discours simple voire simpliste ?
Cyril Lemieux : L'idée de proposer un discours simple, voire simpliste, n'est sans doute pas une nouveauté dans le monde politique. En revanche, il est certain que la victoire du "non" au référendum a sensibilisé les élites politiques et journalistiques au fait qu'une grande partie de la population était loin de partager spontanément leurs vues, et que par conséquent un travail politique (et journalistique) vis-à-vis d'elle s'imposait.
Aldemanus : En période de campagne électorale, ne trouvez-vous pas que le monde journalistique s'attache trop au positionnement tactique des candidats et pas assez aux "questions de fond" ?
Cyril Lemieux : Parfaitement d'accord. Je pense que beaucoup de journalistes politiques n'ont finalement du travail des hommes politiques qu'une vision très partielle, à savoir qu'ils ont surtout accès à la face de ce travail la plus tournée vers la communication politique, les médias et la compétition, et qu'il leur est moins aisé, ou tentant, d'accéder aux autres facettes du métier politique, notamment la gestion des dossiers.
Carnibird : De quelle manière, selon vous, devraient être traités les médias à l'école ?
Cyril Lemieux : Bien entendu, l'idée serait tout à la fois de montrer la fonction essentielle à la démocratie que doivent remplir les médias et de cultiver un esprit critique, si possible constructif, c'est-à-dire non pas en fustigeant les journalistes, mais plutôt en réfléchissant aux raisons pour lesquelles ils ont souvent du mal à faire leur métier dans le respect des règles de distanciation.
Karsten75 : Croyez-vous qu'il devrait exister des moyens de régulation, de contrôle mais aussi de coercition pour obliger les médias à respecter l'égalité ?
Cyril Lemieux : Encore une fois, il existe un débat sur le fait de savoir si ce qui est le plus juste est l'égalité ou bien plutôt l'équité. Je suis d'accord avec vous sur le fait qu'à partir du moment où la campagne officielle aura démarré, il faudra absolument que les médias contrôlés par le CSA respectent l'égalité, et que si ce n'est pas le cas, que cela soit réparé et que le média soit sanctionné.
Ju : Le développement des médias a-t-il entraîné, selon vous, un "merchandising" du politique ? L'homme politique est-il un produit comme les autres ? Quels impacts sur le contenu des propositions ?
Cyril Lemieux : C'est un point qu'évoquait déjà Max Weber à la fin du XIXe siècle : l'homme politique professionnel tend à se vendre comme un produit. Il n'en demeure pas moins que malgré cette rationalisation, la politique n'est sans doute pas encore réduite dans notre pays à un produit comme les autres. Mais cela dépend tout autant des médias que du citoyen.
Naaba : On tape beaucoup sur les médias, mais ceux qui les écoutent ne sont-ils pas tout autant à blamer pour leur manque d'intérêt de la vie politique ? N'ont-ils pas aujourd'hui la possibilité, via Internet, de discerner le vrai du faux ? Le manque de culture politique de la population n'est-il pas au bout du compte à mettre en corrélation avec l'attitude des médias ?
Cyril Lemieux : On a raison de taper sur les médias lorsqu'ils dérapent, mais comme vous le suggérez, je pense que la question des médias doit toujours être liée à la question des politiques éducatives.
Titophe : Pensez-vous que les médias, dans une conjoncture fortement concurrentielle, sont guidés par une logique commerciale pour aborder des thèmes, disons "vendeurs", en termes d'audience et pour en occulter d'autres, plus dérangeants pour le télespectateur "cible", comme le racisme ?
Cyril Lemieux : Le poids des logiques commerciales sur la sélection et la hiérarchisation de l'information est indéniable. Cela dit, une question comme le racisme n'est pas nécessairement une des moins vendeuses. Beaucoup moins vendeuses, sans doute, sont les réformes complexes des institutions européennes, par exemple, ou les débats sur les régimes de retraite.
Fantasio : Pensez-vous que les médias dans leur traitement de l'information ont une part de responsabilité dans le populisme qu'on reproche parfois aux politiques ? Et si oui, comment changer cela ?
Cyril Lemieux : Je suis mal à l'aise avec cette notion de populisme, qui peut servir parfois à disqualifier certains questionnements légitimes. Il me semble que ce qu'il faut attendre des médias, ce n'est pas qu'ils posent uniquement les questions que se posent les élites, mais que, quelles que soient les questions qu'ils posent, ils le fassent d'une manière déontologique.
Salim : Dans quelle mesure les médias influencent-ils le vote ?
Cyril Lemieux : Quatre-vingt ans de recherche empirique en sociologie ne sont pas parvenus à donner une réponse claire à cette question. Les seuls résultats dont on soit à peu près sûr, c'est que, premièrement, les médias ne sont pas sans effet sur le vote ; et, deuxième, ces effets ne sont pas massifs et unilatéraux, étant "filtrés" à la fois par la socialisation des personnes et par l'effet propre du milieu social dans lequel elles sont intégrées.
Retrouvez Cyril Lemieux sur son blog consacré aux médias "Prises de parti journalistiques"
Chat modéré par Raphaëlle Besse Desmoulières
a télévision numérique pour tous, tel est le credo de la loi sur la télévision du futur, adoptée par le Parlement jeudi 22 février. Ce texte avait été décrété "d'urgence nationale" par le gouvernement, qui souhaitait le faire passer avant la fin de la législature. Il entérine et accélère la révolution technologique du paysage audiovisuel français.
ort de ses 17% d'intentions de vote dans les derniers sondages, François Bayrou a montré lundi soir sur TF1 l'"autre chemin" qui permettra, selon lui, de "sortir la France de l'impasse" en faisant "travailler ensemble des gens qui viennent de camps différents". 