CEP au Grand Quev'

Aide à la revue de presse CEP

01 mars 2007

La vraie nature de François Bayrou

Un article de Libé sur Bayrou, encore!

Lien permanent: http://hebdo.nouvelobs.com/p2208/articles/a334459.html

Il  pourrait être le « troisième homme »
La vraie nature de François Bayrou
 
« Il n'a de modeste que ses origines », dit un de ses anciens proches. Le candidat UDF, qui juge Ségo inepte et Sarko inapte à gouverner, a une certaine idée de lui-même. Prophète inspiré, il ne veut rien de moins que refonder la République française, comme de Gaulle en son temps. Portrait d'un homme habité qui s'attaque, avec la foi du charbonnier, à une mission quasi impossible

Contrairement à ce qui se passe au Parlement français, des amitiés se nouent assez souvent au Parlement européen entre députés de bords opposés. A cela, une raison objective. Dans le volapük européen, les parlementaires d'un même pays se sentent spontanément solidaires. Au cours de sa période strasbourgeoise, entre 1999 et 2002, François Bayrou est ainsi devenu proche de deux personnalités de gauche, Michel Rocard et Daniel Cohn-Bendit. Le premier a participé à l'université d'été de l'UDF, l'an dernier. Le second s'est répandu dans la presse, la semaine dernière, pour préconiser l'émergence d'une nouvelle majorité : socialiste, écologiste et centriste. A gauche, ils ne sont pas nombreux à déclarer les centristes fréquentables. Bayrou lui en est-il reconnaissant ? Absolument pas. «Cohn-Bendit voudrait que le centre devienne la roue de secours de la gauche comme hier il était la roue de secours de la droite. Il n'en est pas question.»
On ne comprend rien à François Bayrou si on voit seulement en lui un champion du centrisme. Centriste, il l'est par toutes ses fibres. Il ne supporte pas, par exemple, l'ode à «ceux qui se lèvent tôt » entonnée par Nicolas Sarkozy dans chacun de ses meetings. Il juge réac de stigmatiser ainsi ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ont des pannes d'oreiller. «Entre la réussite et l'échec, c'est parfois le hasard qui décide», observe-t-il. Mais il est tout aussi sévère avec les trente-cinq heures qui, selon lui, ont naufragé l'économie française. Comme ses prédécesseurs du centre, Bayrou se sent proche de la gauche sur le plan social, mais guère éloigné de la droite sur le plan économique.

Là n'est pas son originalité : ce qui l'insupporte par-dessus tout, c'est l'idée selon laquelle le centre serait par nature « mou ». Lui se veut le héraut d'un centre dur. Depuis son entrée en politique, il se bat pour que l'UDF ne soit plus «une sous-marque», du RPR hier, de l'UMP aujourd'hui. Il se dit fier d'avoir fait de l'UDF un parti «libre». Libre, au moins au niveau du discours, de toute allégeance à la droite. Ce n'est pas pour voler aujourd'hui au secours d'une gauche éclatée. Foi de Bayrou, le centre comme force d'appoint, c'est fini !
Une fois posé ce principe, un constat s'impose : le projet de Bayrou tient de la mission impossible. Il ne brigue qu'une place, la première, en s'appuyant sur un secteur de l'opinion, le centre, qui, dans toutes les démocraties, est moins large que la droite ou la gauche. Comment gagner à partir d'une rampe de lancement aussi étroite ? En 2002, un Bayrou habité, forcément habité, l'a joué moderne : la gauche, comme la droite, c'était des vieilleries, des survivances d'un monde révolu. Le centre était l'avenir de l'homme. Résultat : seuls les centro-centristes ont voté pour lui. Moins de 7% desélecteurs. Il a payé cash cet échec : de nombreux centristes que le compagnonnage avec la droite ne défrisait pas ont opté pour l'UMP. Paradoxe : le héraut du centre se comportait alors en allié objectif de la droite !
Cinq ans plus tard, Bayrou a pris de la bouteille : il a intégré qu'il valait mieux rassembler sur son nom que pour le compte de ses adversaires. Son nouveau credo : la patrie est en danger, comme à la fin de la IVe République. Ce n'est plus la décolonisation qui fait vaciller la France, mais la marée de la dette et des déficits. L'heure serait à l'union des bonnes volontés : la gauche moderne, la droite modérée et le centre devraient s'associer d'urgence pour appliquer un programme de salut public. Au diable la démagogie, les promesses intenables, le toujours plus de dépenses de la gauche archaïque, le toujours moins de recettes de la droite dogmatique. Son panache reste plus que jamais centriste, mais les électeurs de gauche et de droite qui désirent s'y rallier ne sont plus priés d'abandonner leur identité dans l'isoloir. Ils ont leur place dans cette tentative de restauration du modèle républicain.
Tout à cette quête, le candidat UDF croit être aidé par la conjoncture. «Quand on a su qu'en face ce serait Sarko et Ségo, on a sablé le champagne», confie Philippe Lapousterle, un ancien journaliste devenu «sparring partenaire» de Bayrou le temps de la campagne. Lorsqu'on prétend réunir le «cercle de raison», pour reprendre une formule d'Alain Minc, on se réjouit d'avoir comme compétiteurs des rivaux que l'on présume déraisonnables. Déraisonnables ? Dans l'esprit de Bayrou, le mot est faible : Sarko et Ségo seraient inquiétants, voire anxiogènes.
Sarkozy. Sous Edouard Balladur, Bayrou a été son allié. Sous Jacques Chirac, il l'a beaucoup ménagé. Au début du quinquennat, alors qu'il accablait Jean-Pierre Raffarin de ses sarcasmes, il prenait soin de ne pas heurter un ministre de l'Intérieur très en vogue chez les députés UDF. Jusqu'au moment où il a compris qu'ils avaient rendez-vous en 2007. Aujourd'hui, Bayrou présente Sarkozy comme un leader tellement fasciné par le modèle américain qu'il ne comprendrait rien à l'alchimie française ; comme un enfant de Pasqua animé d'un esprit claniste et capable de tous les coups tordus ; comme un adepte de l'argent roi qui se perdrait dans la fréquentation des patrons du CAC 40. Il ne voit pas comment la droite républicaine pourrait, au final, voter pour un type aussi dangereux.
Bayrou connaît moins bien Ségolène Royal. En public, il évite tout propos blessant. Mais son opinion est faite : à côté de Sarko le fric, il y a Ségo la frime et la fripe. Le PS aurait trahi son âme en cédant au piège de «la pipolisation». Impossible après le passage de Ségolène Royal à « J'ai une question à vous poser », sur TF1, - une émission qu'il affrontait lui-même ce lundi - de lui faire admettre que la candidate socialiste avait au moins fait montre ce soir-là de caractère et de savoir-faire. Pour cet agrégé de lettres, Ségo est aussi inepte que Sarko est inapte à gouverner la France : le second est inculte quand la première est cucul. Il ne voit pas comment la deuxième gauche pourrait voter pour elle.

On l'a compris : le candidat UDF a une certaine idée de lui-même. «Il n'a de modeste que ses origines», lâche en rigolant un ancien UDF rallié à l'UMP. «Bayrou croit au père Noël », a lancé Daniel Cohn-Bendit, en référence à l'espoir du candidat UDF d'être présent au second tour. Erreur : Bayrou est son propre père Nöel. Il ne croit qu'en lui-même. Prophète inspiré, il ne veut rien moins que refonder la République française, comme de Gaulle en son temps. Il lui est arrivé au long de son parcours de douter. En 1994, au moment de la grande manifestion contre la réforme de la loi Falloux, qu'il avait imprudemment initiée. En 2002, lors de l'élection présidentielle, où il a frisé la correctionnelle.
Mais en cet hiver 2007, vivant au rythme des sondages, il croit son heure arrivée. Rien ne l'affecte. Surtout pas les ralliements de parlementaires UDF, Christian Blanc et André Santini en tête, à Sarkozy. Il a traité ces transfuges de «clampins». Il existe une parenté entre François Bayrou et Dominique de Villepin. Se prenant tous les deux pour la réincarnation de De Gaulle, ils promènent sur leurs contemporains un regard empreint de commisération. Le Premier ministre divise le monde en deux catégories : lui et «les connards». Bayrou, pour sa part, se débat avec les «clampins». C'est un zeste plus affectueux, sans doute un effet de sa foi chrétienne. Dans deux mois, il espère faire taire les «clampins» : tous ceux, nombreux dans le microcosme, qui tardent à célébrer son avènement parce qu'ils ne comprennent rien à rien.
Le plus étonnant est que les « croyants » ne sont guère plus nombreux à l'UDF. Du moins, jusqu'à ce que les sondages... A l'automne dernier, bien peu de hiérarques UDF croyaient Bayrou capable d'accéder au second tour. «Un score à deux chiffres, ce serait déjà formidable», nous assurait un ami présumé. Bayrou proclame qu'il dispose autour de lui d'une dream team qui n'aurait rien à envier à celle de ses rivaux. Il aime à mettre en avant l'inventivité d'Hervé Morin, le président des députés UDF, la solidité de Michel Mercier, le patron des sénateurs UDF, le sens du terrain de Jacqueline Gourault, la sénatrice du Loir-et-Cher. En réalité, l'UDF est une mini-PME tirée par deux locomotives : Bayrou et Marielle de Sarnez, à la fois députée européenne et directrice de campagne. En 2002, elle avait laissé le titre, pas la fonction, à Gilles de Robien. Cette fois-ci, elle manage tout. Bayrou appelle dix fois par jour cette coéquipière de trente ans. Tous les soirs ou presque, ils se retrouvent pour dîner, parfois tardivement, souvent en compagnie de Philippe Lapousterle. Ensemble, ils refont le scénario qui doit immanquablement conduire Bayrou à l'Elysée. Le candidat la reconnaît presque comme son alter ego : «Elle est formidable.» D'un niveau très supérieur, il est vrai, à un Brice Hortefeux, qui tient un rôle similaire auprès de Nicolas Sarkozy. Seul bémol : «Il arrive à Marielle de se tromper.» Dieu merci, le candidat est à l'abri de ce genre de mésaventures...
Tous les présidentiables sont peu ou prou des aventuriers. Pour arriver à l'Elysée, François Mitterrand a épousé la gauche. Pour parvenir au même but, François Bayrou proclame qu'il a divorcé d'avec la droite. On n'est pas obligé d'y croire mais sa «vraie force d'être», détectée par Mitterrand, le porte chaque jour un peu plus. Assez pour bousculer tous les paramètres de l'élection présidentielle ?

Hervé Algalarrondo
Le Nouvel Observateur


Posté par Etudiants de SPO à 07:40 - La campagne de l'UDF - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=261870&pid=4167796

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :