07 mars 2007
Un entretien avec le professeur Frydman
Un bel entretien avec le professeur Frydman...
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LEXPRESS.fr du 20/02/2007
René Frydman
"Aujourd'hui, on veut des bébés à tout prix''Gilbert Charles
Joyeux anniversaire, Amandine! Le premier bébé-éprouvette français fête ses 25 ans le 24 février. Son «père médical», le Pr René Frydman, chef du service de gynécologie-obstétrique de l'hôpital Antoine-Béclère, à Clamart (Hauts-de-Seine), se souvient de cet «avènement» qui a marqué le début d'une nouvelle ère: celle du contrôle médicalisé de la reproduction. La pilule et l'IVG avaient donné aux femmes fertiles le choix de ne pas enfanter; la fécondation in vitro a donné aux couples stériles la possibilité de le faire. Cette technique qui consiste à inséminer des ovocytes en dehors du corps de la femme permet aussi de concevoir des bébés «sur mesure», sélectionnés en fonction de critères médicaux, physiques ou génétiques. En ouvrant ainsi la porte à des miracles thérapeutiques, mais aussi à l'eugénisme. Une technique qui s'est banalisée: plus de 3 millions d'enfants issus de fivetes sont nés en France depuis Amandine
Aviez-vous conscience, en 1982, de participer à un événement historique?
Pas vraiment: j'étais surtout absorbé et fasciné par mon travail. J'ai vécu cette aventure comme une sorte de miracle. Pour la première fois, j'assistais en direct aux premiers instants de la vie d'un petit être: j'ai observé sa conception au microscope, j'ai suivi son développement pendant toute la grossesse et je l'ai mis au monde. Ce fut pour moi un véritable émerveillement. Il faut se replacer dans le contexte de l'époque: on ne savait presque rien dans ce domaine. Lorsque j'ai passé mon agrégation, en 1979, j'ai présenté aux membres du jury les premières photos d'embryons humains: c'était pour eux une découverte. La technique de fécondation in vitro avait été expérimentée pour la première fois quatre ans auparavant en Grande-Bretagne, par Robert Edwards, mais c'était encore du bricolage. Il n'y a pas eu d'essais sur les animaux: on est passé directement à l'homme. C'était une opération risquée; nous n'étions pas du tout sûrs que cela allait marcher et nous ne savions pas si les enfants allaient naître normaux. J'avoue que je ne m'attendais pas au déchaînement médiatique qui a suivi. Ni aux réactions plutôt hostiles d'une partie de l'establishment scientifique et médical, qui nous considérait alors comme des farfelus, voire des charlatans.
© F.Freville pour L'Express
Que vous reprochaient donc ces détracteurs?
Nous avions brisé un tabou en manipulant l'embryon, que l'on considérait alors comme intouchable. Très vite, les discussions se sont focalisées sur la notion d'être humain: à partir de quand peut-on parler de personne? Cette interrogation continue aujourd'hui de diviser la société; elle est au centre de tous les débats autour de la procréation - on l'a vu récemment avec la polémique sur le Téléthon, ou à propos des cellules souches. Deux conceptions radicalement différentes s'affrontent. D'un côté, ceux qui pensent que l'enfantement relève du mystère de la vie, de quelque chose de sacré auquel on n'a pas le droit de toucher: pour eux, l'embryon est une personne dès le premier instant de la fécondation. Ce qui implique le refus de la contraception, de l'IVG, ainsi que de la fécondation in vitro. Avec ce paradoxe, tout de même, qui consiste à la fois à dire non à la mort, mais aussi non à la vie. De l'autre, on trouve les tenants d'une logique d'indépendance et de maîtrise de l'individu, qui considèrent que la femme a le droit de choisir sa maternité et qu'il n'y a pas de raison de ne pas aider la nature si la médecine le peut. Il s'agit surtout des générations de l'après-guerre, qui ont vécu la décolonisation, la libération des mœurs, la contraception, le droit à l'avortement.
Ces deux conceptions n'opposent-elles pas surtout les croyants, en particulier l'Eglise catholique, et les athées? Ou encore les jeunes et les vieux?
René Frydman
1943
Naissance à Soumoulou (Pyrénées-Atlantiques).1966 Signe la déclaration des 121 médecins avouant avoir pratiqué un avortement.
1971
Participe à la création de Médecins sans frontières, avec Bernard Kouchner.
1974
Arrivée à l'hôpital Antoine-Béclère, à Clamart, dans le service du Pr Emile Papiernik.
1979
Agrégation de médecine.
1982
Met au monde Amandine, premier bébé français issu de la fécondation in vitro.
1986-1990
Membre du Comité consultatif national d'éthique.
1986
Accouche le premier bébé issu d'un embryon congelé.
1990
Chef du service de gynécologie- obstétrique de l'hôpital Antoine-Béclère.
1992
Chargé de mission au ministère de la Santé auprès de Bernard Kouchner.
2000
Première naissance après un diagnostic préimplantatoire.
2003
Naissance du premier bébé français issu de la maturation in vitro.
Ce n'est pas si simple. On trouve des partisans des deux bords dans toutes les classes d'âge, mais aussi au sein même de l'Eglise, où ce débat a toujours existé. Depuis le IIe siècle, on trouve des textes de grands théologiens qui expliquent que l'acte sexuel, étant par essence un péché, ne peut être concomitant à l'apparition de l'âme. D'où le concept d' «animation différée»: au XIIIe siècle, saint Thomas d'Aquin affirmait ainsi que l'âme apparaît au bout de quarante jours chez les garçons et de quatre-vingts jours chez les filles. On retrouve ce premier chiffre dans l'Ancien Testament, tout comme dans le Coran. C'est justement à partir de quarante jours que l'on commence à voir l'embryon à l'œil nu, alors que jusque-là il est invisible sans microscope. Après la naissance d'Amandine, j'ai été invité par l'Académie pontificale des sciences, au Vatican, où se tenait un colloque sur le thème «Peut-on accepter des relations sexuelles sans but procréatif?». C'était le cardinal Ratzinger, le pape actuel, qui dirigeait les débats. J'ai passé trois jours en joutes oratoires avec lui, mais cela n'a pas servi à grand-chose. Quelque temps après, en 1987, est parue l'instruction Donum vitae, qui condamnait la procréation «hors du corps des époux» et fermait la porte à toute forme de procréation assistée. Certains hôpitaux catholiques qui s'étaient lancés dans la fécondation in vitro, comme Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Paris, ont dû cesser ces activités.
Le Comité national d'éthique, où vous avez siégé, a-t-il résolu le statut de l'embryon?
Le comité a justement été créé en 1983, peu après la naissance d'Amandine, pour traiter de cette question. Les «sages», parmi lesquels je me suis senti parfois très minoritaire, ont commencé par définir un concept de «personne potentielle», qui donne à l'embryon un statut général en fonction de son devenir. On a ensuite beaucoup discuté pour déterminer à quel stade de son développement il peut être considéré comme une personne humaine à part entière. Celui-ci a d'abord été fixé après ce qu'on appelle la «phase d'adhérence», lorsque s'établit le lien avec la mère au moment de l'implantation. Certains ont fait valoir qu'à ce stade il y a encore des probabilités de fausse couche ou la possibilité que l'œuf se divise pour donner des jumeaux, donc une ambiguïté. On a donc reculé la limite jusqu'à l'apparition du système nerveux. Mais une grenouille aussi dispose d'un système nerveux. C'est pourquoi certains veulent aller jusqu'à la formation du cortex. D'autres vous diront qu'avant vingt-deux semaines l'embryon n'est pas viable hors de l'utérus de la mère... On en est là pour l'instant, et la question n'est toujours pas vraiment tranchée.
La France ne passe-t-elle pas pour un pays trop rigide en matière de bioéthique, avec plus d'interdits que dans d'autres pays européens?
Les mentalités ont quand même beaucoup évolué. La loi de 1994 a officialisé la fécondation in vitro et le diagnostic préimplantatoire (DPI) [qui permet de sélectionner des embryons «indemnes» en cas de maladie génétique grave des parents], tout en interdisant les recherches sur l'embryon. En 2004, cette interdiction a été levée et on a accepté l'extension du DPI dans le cas de ce qu'on appelle les «bébés-médicaments». L'embryon est sélectionné pour être compatible avec un frère ou une sœur malade, dans l'éventualité d'une greffe de moelle. Mais on a interdit le clonage reproductif. Tout cela évolue, et les discussions vont reprendre en vue de la prochaine révision de la loi de bioéthique, prévue en 2009.
Que souhaiteriez-vous changer dans la loi actuelle?
Le don d'ovocytes pose problème en France, parce qu'on ne trouve pas de donneuses - dans une moindre mesure, c'est aussi le cas pour le don de sperme. Personnellement, je pense que la règle de l'anonymat et de la gratuité trouve un peu ses limites. Certaines femmes seraient prêtes, par exemple, à effectuer un don pour leur sœur ou pour une amie, mais elles ne le peuvent pas. La gratuité absolue me semble être aussi un frein: on pourrait imaginer une forme de reconnaissance, une indemnisation de cet acte qui n'est quand même pas simple, non pas de la main à la main, mais pris en charge par la société, sans pour autant tomber dans le commerce à outrance comme en Espagne ou aux Etats-Unis.
Les problèmes éthiques qui se posent aujourd'hui sont souvent d'ordre non pas scientifique mais commercial, comme les mères porteuses ou la vente de gamètes sur Internet...
C'est vrai qu'à côté des questions posées par les véritables innovations, comme la congélation d'ovocytes, les cellules souches ou le DPI, s'ajoutent celles qui ne relèvent pas de la science, mais de ses applications ou de son exploitation. Les mères porteuses, qui cèdent un enfant à un couple qui ne l'a pas conçu, cela a toujours existé, mais ce qui est nouveau, c'est que cette pratique se médicalise et se commercialise. Pour moi, il s'agit avant tout de phénomènes de société, de questions que le médecin ou le scientifique n'a pas plus de légitimité à trancher que n'importe qui d'autre. La science est-elle responsable de ça? Elle donne des outils; tout dépend de la façon dont on va les utiliser. Le problème qui me préoccupe le plus, c'est celui des limites de la liberté individuelle...
Que voulez-vous dire?
Nous avons connu depuis cinquante ans une formidable accélération du progrès technique, en même temps qu'un bouleversement des mœurs et des modes de vie. Tout cela a créé une survalorisation de l'individu, en particulier de l'enfant, auquel on voue un véritable culte. La stérilité apparaît aujourd'hui comme insupportable. Ce n'est plus «un bébé quand je veux», c'est «un bébé à tout prix». La grande question est de savoir s'il faut imposer des règles pour tenir compte des autres, ou bien favoriser les désirs de l'individu, en particulier de celui qui a les moyens de les énoncer et de les satisfaire. Que doit répondre le médecin à une femme homosexuelle qui veut faire un enfant en solo? Ou à un couple qui veut un garçon? Ou quand on lui demande d'interrompre une grossesse parce qu'on a découvert une petite malformation de l'embryon à l'échographie? Faut-il donner raison aux parents qui disent: «Mais ce n'est pas vous qui allez élever cet enfant»? Heureusement qu'il y a une loi, cela facilite les choses. Dans les pays où il n'y a pas de règlement, c'est la personne contre la personne, celle qui est achetable et celle qui paie...
Vous êtes devenu célèbre depuis la naissance d'Amandine; certains vous reprochent d'être omniprésent dans les médias. Que leur répondez-vous?
J'ai accepté le principe d'être médiatisé pour ne pas laisser s'installer les incompréhensions ou la désinformation sur ces questions que les journaux ne cessent de monter en épingle. Peut-on être mère à 67 ans? A-t-on le droit de concevoir un enfant pour en soigner un autre? Pourquoi faut-il s'opposer au clonage reproductif tout en facilitant les recherches sur l'embryon? Je me sens encore plus obligé d'intervenir lorsqu'on donne la parole à des escrocs ou à des cyniques du business, qu'il s'agisse de la «banque de sperme des Prix Nobel», de la secte Raël qui veut faire croire qu'elle a réussi un clonage humain ou du chercheur coréen qui a travesti ses résultats sur les cellules souches. Hier encore, je participais à un débat sur France 5 où quelqu'un prétendait qu'il y avait un problème d'origines dans la fécondation in vitro, laissant entendre que ces enfants étaient biologiquement différents de leurs parents. Mais c'est faux: dans 97% des cas, les ovules et le sperme viennent de la mère et du père! Certes, il y a parfois des dons de gamètes, mais c'est extrêmement rare. C'est dur de maintenir le cap sur des choses réelles, audibles. Il faut être vigilant, et c'est ma responsabilité de médecin, de chercheur et d'enseignant.
Avez-vous des nouvelles d'Amandine? Qu'est-elle devenue?
C'est une belle jeune femme qui vit une existence normale. Elle a toujours tenu à préserver sa vie privée. Ses parents l'ont beaucoup protégée au début. Ils voulaient que cette naissance soit la plus naturelle possible, malgré la pression médiatique: on a même vu des paparazzis essayer de se faufiler dans le service déguisés en infirmière!
J'ai entendu dire qu'elle faisait des études de médecine...
Elle est dans ce champ d'activité. Mais je ne veux pas vous en dire plus.
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L'opération Licorne sur le départ
Lien permanent: http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-03-06/2007-03-06-847171
Monde
L’opération « Licorne » sur le départ
Les effectifs des troupes françaises déployées sur le terrain devraient être réduits de moitié tous les deux mois jusqu’à leur retrait total.
Fruit d’un mois de négociations entre le camp présidentiel et la rébellion, l’opposition ayant in - extremis pris le train en marche, l’accord de Ouagadougou vise à réunifier un pays coupé en deux depuis la tentative de putsch de septembre 2002. Un virage dans le processus de paix entamé il y a quatre ans puisqu’il doit être géré entre les seuls leaders ivoiriens, avec le voisin Blaise Compaoré comme médiateur, repoussant à l’arrière-plan une communauté internationale qui ambitionnait de décider du règlement de la crise. Ainsi qu’une ancienne métropole coloniale française qui, depuis Linas-Marcoussis, se considérait comme le deus ex machina en la matière.
L’accord prévoit entre autres la suppression progressive de la zone de confiance, un cordon démilitarisé qui s’étire d’est en ouest du pays. Quelque 7 000 casques bleus et 3 500 soldats français de l’opération « Licorne » y sont déployés sous mandat de l’ONU pour surveiller le cessez-le-feu décidé fin 2004. Des effectifs « dont le nombre sera réduit de moitié tous les deux mois jusqu’à leur retrait total », précise l’accord.
Par la bouche de Brigitte Girardin, Paris a qualifié le texte de « très grand succès » pour les Ivoiriens, s’inscrivant dans le prolongement de la - résolution 1721. Enfin, la ministre déléguée à la Coopération a estimé qu’un retrait des casques bleus et des militaires de l’opération « Licorne » était envisageable « dès maintenant », semblant prendre acte d’un prochain désengagement de la France. Conclusion : « C’est une très grande satisfaction pour nous de voir que les Ivoiriens ont retrouvé cette confiance entre eux qui leur manquait et se sont en quelque sorte approprié toutes les solutions que la communauté internationale avait préconisées. » De l’art de « faire contre mauvaise - fortune... » Ou du moins de faire semblant.
J. C.
Article paru dans l'édition du 6 mars 2007.
Le prix d'une guerre atomique envisagé par des chercheurs américains
Dans Libération du samedi 3 mars 2007: http://www.liberation.fr/actualite/sciences/238488.FR.php
Etude. Le prix d'une guerre régionale atomique évalué par des chercheurs américains.
Miniconflits nucléaires, maxidégâts
Par Sylvestre HUET
QUOTIDIEN : samedi 3 mars 2007
Après le grand hiver nucléaire, l'automne atomique. Et c'est pas gai. Dans la revue Science, une équipe de scientifiques américains, spécialistes en sciences de la Terre des universités de Boulder (Colorado), Los Angeles (Californie), Baltimore (Maryland) et Rutgers (Nouveau-Brunswick, Canada), livrent quelques calculs sur l'effet de miniconflits nucléaires (1). Un échange de missiles chargés en ogives entre puissances régionales, ou une salve entre Russes, Américains et un tiers. Les scientifiques ont pris un cas jugé «réaliste» : une centaine d'armes nucléaires d'environ 15 kilotonnes chacune. Autrement dit, des bombes plutôt petites à côté des superbombes qui dorment dans les arsenaux russes et américains. Et seulement 0,3 % du total actuel de l'arsenal nucléaire, équivalent à l'arsenal Pakistanais ou à la moitié de celui de la Chine. Bilan minimum : des millions de morts en quelques heures et un désastre environnemental mettant en cause la production agricole mondiale. De quoi réfléchir...
Cette étude sonne comme un remake. Dans les années 80, au plus fort de la tension Est-Ouest post-détente Nixon-Brejnev, les arsenaux nucléaires des deux géants avaient atteint un sommet. L'URSS avait dépassé les Etats-Unis en nombre de bombes et de vecteurs. Et le total des deux faisait frémir jusqu'à leurs responsables. Au pire moment, lorsque le va-t-en-guerre des étoiles Ronald Reagan et le kagébiste Andropov menaient la barque, des scientifiques américains et soviétiques, sous l'impulsion de l'astrophysicien Carl Sagan, s'étaient démenés pour prouver par l'absurde l'inanité de cette course folle à la puissance nucléaire. Au-delà même des capacités de destruction mutuelle des grandes agglomérations des deux pays provoquant d'emblée plus de cent millions de morts , les scientifiques avaient utilisé les premiers modèles de circulation atmosphérique issus de la prévision météorologique et des supercalculateurs pour étudier les conséquences planétaires d'un tel conflit. Ils avaient montré que la gigantesque quantité de poussières et de particules projetées dans la stratosphère par l'explosion des bombes aurait donné naissance à un long «hiver nucléaire» sur l'ensemble de la Terre. Privées d'énergie solaire, les cultures et la flore sauvage auraient périclité, provoquant une famine généralisée sur l'ensemble du globe et la fin de la civilisation.
Boule de feu et rayons gamma. Aujourd'hui, les arsenaux russes et américains, malgré les destructions de vecteurs et le démantèlement de milliers d'armes, restent capables de provoquer un hiver nucléaire s'ils étaient utilisés en totalité. Mais quid d'une «petite» guerre nucléaire ? Question d'autant plus aiguë que des pays dotés de l'arme nucléaire Inde, Pakistan, Chine, Israël ou susceptibles de s'en équiper, comme l'Iran, sont impliqués dans des tensions régionales qui pourraient déboucher sur des conflits ouverts. Que se passerait-il si la Chine tirait sur l'Inde ou sur le Japon, Israël sur l'Egypte, l'Argentine sur le Brésil, la France sur la Russie ? Si les hypothèses semblent géopolitiquement plus ou moins réalistes, le résultat fait froid dans le dos.
Les scientifiques ont d'abord fait tourner les ordinateurs sur le début du conflit : le bombardement nucléaire des principales agglomérations. L'effet immédiat de la boule de feu, des rayons gamma et des neutrons durant les quelques minutes postexplosion provoquent la plupart des morts. Puis la destruction des infrastructures vitales et les effets des radiations sur les blessés interviennent. Un échange Israélo-Egyptien provoquerait ainsi plus de trois millions de morts en Israël et plus de quatre en Egypte. Entre Chine et Japon, plus de 16 millions de Chinois et près de 6 millions de Japonais. Entre France et Iran, plus de quatre millions de Français, plus de six millions d'Iraniens. Il suffit donc de trois ou quatre «miniguerres nucléaires» pour tuer autant d'êtres humains que tous les champs de bataille et bombardements de civils de la Seconde Guerre mondiale. Mais l'effet des armes nucléaires ne s'arrêterait pas là.
«Dégradation de l'agriculture». L'utilisation d'une centaine d'armes seulement, ont-ils calculé, propulserait de 1 à 5 millions de tonnes de particules carbonées dans l'atmosphère, jusque dans la stratosphère. Pour un effet au moins aussi important que les mégaéruptions volcaniques, comme celle du Tambora, en 1815, qui a provoqué de mauvaises récoltes et des pénuries de céréales jusqu'en Europe. Selon les simulations numériques réalisées par l'équipe de scientifiques, la circulation atmosphérique maintiendrait une part de ces particules durant une dizaine d'années dans le ciel. Résultat ? «Une dégradation de la productivité de l'agriculture à des niveaux comparables à celles qui ont provoqué des famines en Afrique, Inde et Japon après la mégaéruption du Laki, en Islande, en 1783-1784.»
Forts de ces calculs montrant l'intensité de la menace résultant d'un conflit régional et ne mettant en jeu qu'une très faible partie des arsenaux existants, les auteurs de l'étude soulignent la nécessité de conduire une politique active pour en réduire le risque. La surveillance accrue des arsenaux pour éviter tout accident ou utilisation non autorisée. La réduction de toutes les forces nucléaires. L'élimination des armes tactiques (de moindre puissance), les plus susceptibles d'être employées. La ratification du traité d'interdiction des essais. La sécurisation des stocks de matières fissiles de qualité militaire et la fourniture de combustibles pour les réacteurs civils de production d'électricité par des circuits sécurisés. Last but not least : les scientifiques, pas pessimistes pour un sou, recommandent surtout de «résoudre les confrontations régionales et les conflits qui peuvent surgir entre les nouvelles puissances nucléaires».
(1) Owen Toon et al., Science du 2 mars 2007.
© Libération
L'Europe déploie des efforts d'union sur le renouvelable
Que dit l'Europe sur le renouvelable? Renseignez-vous sur les divergences entre les états de l'Union sur la question!
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Energie. L'objectif de 20 % d'ici à 2020 en débat cette semaine à Bruxelles.
L'Europe déploie des efforts d'union sur le renouvelable
Par Julie MAJERCZAK
QUOTIDIEN : lundi 5 mars 2007
Bruxelles (UE) correspondance
Pour lutter efficacement contre le changement climatique, l'Union européenne doit-elle adopter un objectif contraignant de 20 % d'énergies renouvelables d'ici à 2020 ? La question, qui divise les Etats membres, sera au coeur des discussions des chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Sept, qui se réunissent, jeudi et vendredi à Bruxelles, pour établir la feuille de route de la politique énergétique européenne des dix prochaines années. Alors que plusieurs Etats, dont la Grande-Bretagne, semblent prêts à se rallier à cette idée, la France s'y oppose toujours fermement.
Souplesse. «La France a soutenu, et même promu, l'objectif général de réduction des émissions de CO2 de l'UE d'au moins 20 % d'ici à 2020 qui doit être adopté lors du sommet. C'est un très haut niveau d'ambition. Cela ne sera pas facile à atteindre. Il est donc important de laisser une très grande souplesse aux Etats dans les moyens d'y parvenir», plaide un diplomate français.
Un argumentaire qui va à l'encontre de la position d'Angela Merkel, la chancelière allemande, qui exerce la présidence tournante semestrielle de l'UE, et de José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne. Ces derniers estiment que, si l'Europe veut être crédible dans sa lutte contre le changement climatique, elle doit passer à la vitesse supérieure en matière d'énergies renouvelables. Leur part représente à peine 7 %, et il est peu probable qu'elle dépasse 10 % à l'horizon 2010. L'objectif indicatif entériné en 1997 de 12 % ne sera donc pas atteint. Pour passer à la vitesse supérieure, les deux leaders européens jugent qu'un objectif contraignant est le meilleur moyen d'assurer clarté et stabilité à l'industrie, et de permettre aux entreprises de prévoir et d'investir.
La France assure ne pas être isolée. Lors du Conseil des ministres de l'Energie du 15 février, puis celui des ministres européens de l'Environnement le 20, seule une petite dizaine d'Etats, comme la Suède, le Danemark ou l'Autriche, se sont clairement rangés derrière l'Allemagne. Les autres ont émis des réserves, refusant notamment de s'engager faute de savoir comment serait réparti nationalement l'objectif européen de 20 %.
Particularités. La proposition de la Commission prévoit en effet que la «contribution de chaque Etat membre à la réalisation de l'objectif global de l'Union devra tenir compte des particularités nationales». Plusieurs diplomates européens le confirment : «On ne veut pas signer un chèque en blanc.»
Etant donné les désaccords persistants entre Etats, la présidence allemande a décidé de garder la question des énergies renouvelables «ouverte». Dans le jargon européen, cela signifie qu'elle ne fait plus l'objet de discussions entre diplomates lors des réunions préparatoires, et que ce sont les chefs d'Etat et de gouvernement qui trancheront lors du sommet. Pour autant, les contacts bilatéraux entre les capitales et la présidence de l'Union européenne se poursuivent. Et l'Allemagne marque des points.
En fin de semaine, Tony Blair s'est laissé convaincre. «Nous pensons que l'Europe doit être ambitieuse, parce que cela nous permettra d'exiger des autres pays d'être également ambitieux», a affirmé son porte-parole, insistant sur le fait que la déclinaison au niveau national de l'objectif devait être «réaliste». Même position du côté belge. «On veut bien soutenir cet objectif, mais on aimerait en savoir un peu plus sur les critères de répartition par pays», insiste la porte-parole de la Belgique.
Les Finlandais n'y sont guère favorables, mais ils n'en feront pas un point d'honneur. «On est déjà à 24 % de renouvelable, alors on ne va pas se battre coûte que coûte», reconnaît leur porte-parole. La partie n'est cependant pas gagnée. Une dizaine de pays, principalement d'Europe de l'Est, Pologne en tête, dont la priorité est d'abord de rattraper leur retard économique, restent des plus réticents. Souvent dotés de ressources en charbon, ils ne sont guère portés sur les énergies renouvelables, dont les coûts sont, pour l'instant, moins rentables.
Diplomatie. Or la présidence allemande doit réunir l'unanimité des Etats. Selon plusieurs diplomates, Jacques Chirac pourrait accepter de soutenir un objectif contraignant, à condition que ce dernier englobe les énergies dites «faiblement émettrices de carbone». En clair, si le nucléaire, ainsi que le captage et le stockage de carbone, étaient pris en compte. Ce qui ne manque pas de sel.
Le problème, c'est que le nucléaire est un sujet extrêmement sensible en Europe, notamment en Allemagne, en Autriche ou encore en Suède. Comme le dit avec diplomatie le porte-parole d'un grand pays : «Beaucoup de choses peuvent survenir au cours d'un conseil européen.» En clair : tout est négociable... cela dépend du prix que l'on est prêt à payer.
© Libération
Une chronique sur Georges Bush
Lien permanent: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-879480,0.html
Si vous faites votre revue de presse sur l'Irak, n'oubliez pas de vous renseigner sur le contexte dans lequel Georges Bush est arrivé au pouvoir. N'oubliez pas non plus de consulter des ouvrages (brefs) sur la politique étrangère des Etats-Unis au XXeme siècle. Certes, ça n'entre pas directement dans votre sujet mais replacer le sujet dans son contexte est toujours bienvenue.
Une idée de problématique (qui est également une problématique qui marche bien en sciences politique et en général en sciences sociales) serait de vous demander les ruptures et les continuités dans la politique que mène Georges Bush en Irak, ceci bien-sûr au regard de l'actualité récente sur la question que vous devez traiter!
Chronique
George W. Bush, le diable et le bon Dieu, par Daniel Vernet
LE MONDE | 06.03.07 | 14h14 • Mis à jour le 06.03.07 | 14h14
moins de deux ans de son départ de la Maison Blanche, qu'est-ce qui fait courir George W. Bush ? Le souci de son héritage, disent les diplomates étrangers qui fréquentent Washington. Son rapport au Tout-Puissant, affirme un essayiste américain qui vient de déjeuner avec le président, en compagnie d'un aréopage de néoconservateurs. "Il montre le calme d'un homme qui croit qu'il n'a finalement de comptes à rendre qu'à Dieu", écrit Irwin Stelzer dans le magazine Weekly Standard. Le président est convaincu d'être engagé dans une "guerre entre le mal absolu et des bons principes" qui, reconnaît-il, sont mis en oeuvre par des hommes imparfaits.
Mme Rice a essayé - sans grand succès. Mais elle a ouvert un autre front diplomatique où l'on n'attendait guère les Etats-Unis : Washington a accepté de participer le 10 mars, à Bagdad, à une conférence qui réunira les ambassadeurs des pays voisins, plus ceux des pays membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU.
Une deuxième réunion devrait suivre au niveau des ministres des affaires étrangères et peut-être déboucher sur la création d'un "groupe de contact" pour la stabilisation de l'Irak. Un Américain va donc s'asseoir à la même table que les représentants iranien et syrien, deux comparses de "l'axe du Mal". Il est vrai que M. Bush avait déjà accepté de conclure un compromis avec la Corée du Nord, comme si les suppôts du diable devenaient subitement fréquentables.
Apparemment, le président américain applique en partie le rapport Baker-Hamilton qu'il avait rejeté en bloc au moment de sa publication. Est-ce un changement radical de politique ou le deuxième volet de la stratégie qui consistait à tenter de rétablir la sécurité dans la capitale irakienne en renforçant le contingent américain avec mission de mettre hors d'état de nuire le chef chiite Moqtada Al-Sadr et son Armée du Mahdi ?
George W. Bush poursuit trois objectifs complémentaires. Il cherche d'abord à apaiser le Congrès à majorité démocrate qui avait accueilli la recommandation de la commission bi-partisane Baker-Hamilton en faveur de l'ouverture de pourparlers avec l'Iran et la Syrie comme le remède miracle pour sortir du bourbier irakien. Ensuite, il prend d'autant moins de risques à essayer que toutes ses autres initiatives se sont soldées par des échecs. Enfin, si ces réunions ne donnent rien, il pourra se prévaloir de n'avoir négligé aucune possibilité de négociations, légitimant ainsi, au moins à ses yeux, un éventuel recours à la force.
Car le président américain ne s'est pas brusquement converti à la politique d'apaisement qu'il soupçonne toujours les Européens de privilégier. Dans le même temps où ils acceptent la réunion de Bagdad, les Etats-Unis renforcent leur présence militaire dans le golfe Persique et maintiennent, avec l'ensemble du Conseil de sécurité, la pression sur Téhéran dans le dossier nucléaire. Les sanctions et leurs effets induits commencent à peser sur l'économie iranienne. Le risque, aujourd'hui, est que les dirigeants iraniens aient une mauvaise appréciation de l'attitude internationale et sous-estiment la détermination de Washington d'en finir, au besoin par la force, avec leur programme nucléaire militaire. Comme Milosevic en 1999, avant la guerre du Kosovo.
Daniel Vernet
Article paru dans l'édition du 07.03.07
Le Louvre d'Abou Dhabi rapportera 1 milliard d'euros à la France
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Le Louvre d'Abou Dhabi rapportera 1 milliard d'euros à la France
LE MONDE | 06.03.07 | 16h55 • Mis à jour le 06.03.07 | 17h19
e "Louvre" d'Abou Dhabi rapportera à la France pas moins de 1 milliard d'euros, selon les termes de l'accord signé mardi 6 mars par la France et l'émirat. Des indiscrétions citées par Le Monde ces dernières semaines annonçaient un chiffre inférieur, autour de 700 millions d'euros. Le contrat signé dans la capitale des Emirats porte sur la création en 2012 d'un musée "universel", portant le nom de "Louvre Abou Dhabi", pour lequel la France apportera son expertise et les oeuvres de ses musées.
Ce projet a suscité ces derniers mois les critiques d'acteurs du monde de l'art, qui s'inquiètent de ce qu'ils jugent être une "dérive commerciale" des musées nationaux et des risques de censure dans cet émirat très conservateur. A Abou Dhabi, le ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres, accompagné d'une délégation des patrons des grands musées français, a voulu calmer ces inquiétudes, se félicitant du "rayonnement" de la culture française et réaffirmant que les oeuvres des collections nationales étaient inaliénables.
Conçu par Jean Nouvel, le bâtiment du "Louvre Abou Dhabi", d'un coût de 83 millions d'euros payés par l'émirat, doit être mis en chantier cette année. Il n'est qu'une composante d'un énorme projet portant sur la construction de quatre musées et d'un centre de spectacles qui formeront un "district culturel" sur l'île de Saadiyat. - (AFP.)
Article paru dans l'édition du 07.03.07