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10 mars 2007

Le fioul de l'Erika fait toujours des vagues

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enquête
Le fioul de l’Erika fait toujours des vagues

Polémique . Sept ans après le naufrage du pétrolier, des doutes subsistent sur sa cargaison. Oubliés du procès ouvert il y a un mois, les bénévoles demandent des comptes.

L’Erika était ce qu’on appelle pudiquement un navire poubelle. Chacun, et depuis longtemps, ne conteste plus cette évidence. Sa cargaison, en revanche, continue, plus de sept ans après le naufrage, à soulever autant d’incertitudes que... d’inquiétudes. En particulier chez les bénévoles qui l’ont ramassé, parfois à mains nues, sur les plages françaises, dans les premiers jours de l’année 2000. Ces derniers, représentés par le Collectif citoyen antimarées noires de Saint-Nazaire et l’Association des bénévoles de l’Erika, organisent aujourd’hui, dans la ville portuaire, une conférence-débat sur le sujet. Objectif, décliné en trois points : « mieux comprendre la nature du produit que nous avons eu dans les mains », « obtenir des réponses sur les risques sanitaires que nous courons » et « connaître nos droits légaux pour demander réparation aux responsables de cette incurie ».

du fioul n° 2 ?

Officiellement - Total l’a d’ailleurs encore réaffirmé le 17 janvier dernier -, « il n’y avait qu’un seul produit » dans les soutes de l’Erika : « du fioul lourd nº 2 ». Thèse corroborée dès 2000 par Lionel Jospin lui-même, devant l’Assemblée nationale. Le premier ministre avait alors tenu à démentir les analyses produites par un petit laboratoire indépendant, Analytika, installé dans le Var, qui mettaient en doute la nature de la cargaison.

Ce doute, pourtant, subsiste aujourd’hui, renforcé depuis peu par les recherches de la toxicologue Annie Pfohl-Leszkowicz, à Toulouse (lire notre entretien), ou encore l’enquête, de longue haleine, menée par deux journalistes de France 3, diffusée le 26 janvier dernier sur la chaîne publique. D’où il ressort que l’Erika n’aurait sans doute pas transporté que du fioul nº 2, mais aussi des « résidus de fonds de cuves », un produit beaucoup plus cancérogène.

« C’est une pratique assez courante dans le milieu, reconnaît Didier Bayeul, ancien chef de quart à la raffinerie de Normandie et, à l’époque du naufrage, délégué syndical central de la branche pétrole de Total. Ces fonds de cuves, ce sont des déchets. Et en tant que déchets, leur transport est plus réglementé, donc plus cher. Il est tout à fait possible qu’ils aient été mélangés à du fioul nº 2 classique, pour faire des économies. » Ce que confirme un autre salarié de Total, en poste en 1999 à la raffinerie de Dunkerque, d’où était parti le pétrolier maltais. Responsable de la filière déchets de TotalFina, Michel Fontaine admettait d’ailleurs, lui-même, dans le Figaro du 31 janvier 2000 : « Notre fioul nº 2 est un mélange de fonds de distillation auquel nous rajoutons des additifs pour un problème de viscosité. » Or, la présence d’additifs ne rentre pas dans la procédure habituelle de définition du fioul nº 2. Autre élément troublant, avant même que le pétrole n’atteigne les côtes : toutes les tentatives de pompage réalisées en mer furent des échecs, car le produit était beaucoup plus visqueux qu’attendu. Plus visqueux qu’un fioul nº 2 classique...

analyses partielles

Pourtant, en mars, puis en juillet 2000, des analyses menées successivement par l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS) et l’Institut de veille sanitaire (InVS) parviennent à des conclusions plutôt rassurantes pour les bénévoles : les risques de cancer sont alors jugés « négligeables »... Mais ces analyses étaient partielles et incomplètes, rappelle aujourd’hui Corinne Lepage, candidate à l’élection présidentielle et avocate de deux petites communes du littoral au procès de l’Erika. De fait, les chercheurs de ces organismes officiels s’étaient essentiellement penchés sur la teneur en hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), composant principal du fioul nº 2, laissant de côté la mesure d’autres substances tout aussi, voire beaucoup plus dangereuses pour la santé.

Le mystère n’est donc toujours pas levé sur la cargaison du pétrolier maltais. Pas sûr qu’il le soit jamais : le procès en cours ne devrait pas, en effet, aborder la question. Reste, pour les bénévoles, à faire valoir

-  y compris devant les tribunaux - le préjudice subi du fait des imprudences manifestes constatées dans le ramassage de la sinistre cargaison de l’Erika.

Alexandre Fache

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Euthanasie. La fin de vie s'invite dans la campagne

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Société
La fin de vie s’invite dans la campagne

Euthanasie . Un manifeste en faveur de la dépénalisation a été signé par plus de 2 000 personnels soignants.

« Nous, soignants, avons aidé des patients à mourir... » Hier, le Nouvel Observateur et Sud-Ouest ont relayé un manifeste en faveur de la dépénalisation de l’euthanasie signé à ce jour par 2 134 médecins, généralistes ou hospitaliers, connus et inconnus, mais aussi par des infirmiers. « Parce que, de façon certaine, la maladie l’emportait sur nos thérapeutiques, parce que, malgré des traitements adaptés, les souffrances physiques et psychologiques rendaient la vie du patient intolérable, parce que le malade souhaitait en finir, nous, soignants, avons, en conscience, aidé médicalement des patients à mourir avec décence. » Ce texte est rendu public quatre jours avant l’ouverture du procès à Périgueux du Dr Laurence Tramois et de l’infirmière Chantal Chanel, accusées d’avoir donné la mort en 2003 à une femme en phase terminale d’un cancer.

Les signataires réclament « l’arrêt immédiat des poursuites judiciaires à l’encontre des soignants mis en accusation » et une « révision de la loi dans les plus brefs délais ». La loi Leonetti relative aux droits des malades et à la fin de vie, votée le 22 avril 2005, prévoit que les médecins, dans le cadre d’une procédure collégiale, peuvent « décider de limiter ou d’arrêter un traitement inutile, disproportionné ou n’ayant d’autre objet que la seule prolongation artificielle de la vie », en tenant compte de l’avis du patient, ou après avoir consulté la personne de confiance qu’il a désignée. Elle exclut toute aide active à mourir. C’est sur ce point que le débat se fait le plus vif aujourd’hui. Certains, comme l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), reprochent au texte de ne donner qu’une « voie consultative » au patient et réclame la légalisation de l’euthanasie sous conditions. Tandis que d’autres professionnels de santé s’inquiètent des éventuelles dérives que pourrait entraîner un suicide assisté ou une aide active à mourir. Tous s’accordent sur un point : un renforcement des unités de soins palliatifs est urgent quand on sait que seulement la moitié des départements français en sont pourvus.

Maud Dugrand

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Climat. Un plan d'action énergétique ambitieux a été adopté à Bruxelles

Climat. Un plan d'action énergétique ambitieux a été adopté à Bruxelles.

L'Europe redouble d'ardeur contre le réchauffement

Par Julie MAJERCZAK

QUOTIDIEN : samedi 10 mars 2007

Bruxelles (UE) correspondance

«L 'Europe de l'écologie», selon Jacques Chirac, est née. Les 27 chefs d'Etat et de gouvernement ont franchi, vendredi, un pas historique pour relever le défi climatique. Ils sont parvenus à s'entendre sur des objectifs contraignants et ambitieux pour tenter d'enrayer le réchauffement de la planète et ses conséquences humaines.

«Nous pouvons dire au reste du monde, l'Europe prend le leadership. Vous devez nous rejoindre pour combattre le changement climatique», s'est félicité le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Les chefs d'Etat ont en effet entériné la proposition de Bruxelles engageant l'UE à réduire unilatéralement d'au moins 20 % (par rapport au niveau de 1990) ses émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2020.

Avant-garde. La part pourrait aller jusqu'à 30 %, comme le recommandent les scientifiques pour limiter à deux degrés le réchauffement d'ici à la fin du siècle par rapport au début de l'ère industrielle, si les autres pays développés la suivent dans le cadre d'un nouvel accord international. «Cela permettra à l'Europe de jouer son rôle d'avant-garde», a déclaré la chancelière allemande, Angela Merkel, qui préside l'UE. Selon les participants, ce sommet restera «historique». Même Greenpeace y voit «la décision la plus importante» prise depuis l'adoption du protocole de Kyoto.

Encore fallait-il s'entendre sur les moyens. Si les 27 étaient d'accord pour accroître l'efficacité énergétique de l'UE de 20 % d'ici à 2020 et atteindre une proportion minimale contraignante de 10 % de biocarburants dans la consommation d'essence et de gazole, la question d'un objectif contraignant de 20 % pour les énergies renouvelables (éolienne, hydraulique, géothermique, solaire ou issue de la biomasse) les divisait profondément.

La France, la Finlande et la plupart des pays de l'Est ne voulaient pas d'un tel engagement jugé irréaliste. A l'heure actuelle, la part des énergies renouvelables dans l'UE représente à peine 7 %. Pour faire accepter cet objectif, Angela Merkel a accepté d'introduire une plus grande souplesse dans la répartition nationale de cet objectif européen. En effet, celui-ci s'applique à l'Union dans son ensemble, mais chaque pays déterminera avec Bruxelles son propre objectif.

Il sera ainsi tenu compte «des particularités, des points de départ et des potentiels propres à chacun», souligne le Conseil.

La France pourrait se voir attribuer un objectif inférieur à 20 % en raison de la part de son énergie nucléaire. «Nous avons insisté pour replacer les renouvelables dans le cadre des énergies faiblement carbonées», s'est réjoui Jacques Chirac. Ce qui signifie nucléaire, puisque, comme le rappelle un diplomate, le charbon propre n'existe pas. Le chef de l'Etat a réussi à ce que les 27 prennent acte de l'évaluation de la Commission sur «la contribution apportée par l'énergie nucléaire en réponse aux préoccupations croissantes concernant la sécurité de l'approvisionnement énergétique et les réductions des émissions de CO2».

Solidarité. A la demande des adversaires de l'atome, tels l'Autriche et l'Irlande, les conclusions rappellent toutefois qu' «il appartient à chacun des Etats de décider s'il aura ou non recours à l'énergie nucléaire». Cela n'a pas empêché de faire bondir les Verts en France : «Les budgets publics colossaux que le nucléaire engloutit empêchent le développement des énergies renouvelables, les économies d'énergie et le développement de politiques efficaces», insistent-ils. Une phrase pour que les engagements se fassent «dans l'esprit de solidarité entre les Etats» a été ajoutée pour rallier les pays de l'Est, effrayés par les coûts de cette révolution verte .

Mais le plus dur reste à faire : fixer les objectifs nationaux de chaque pays. Le président de la Commission européenne fera des propositions dès le «troisième trimestre» avec la pleine participation des pays membres... ce qui promet de belles empoignades.


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Discussions constructives à Bagdad sur la sécurité en Irak

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Discussions "constructives" à Bagdad sur la sécurité en Irak

LEMONDE.FR avec AFP | 10.03.07 | 17h18  •  Mis à jour le 10.03.07 | 19h42

a question de l'ingérence iranienne et syrienne en Irak a été au cœur de la conférence sur l'Irak qui se tenait à Bagdad samedi 10 mars. "Nous demandons que les pays de la région et d'ailleurs cessent leurs ingérences et leurs tentatives pour influencer la situation politique en Irak, en soutenant certaines confessions, ethnies ou groupes", a affirmé le premier ministre irakien, Nouri Al-Maliki, à son ouverture. "Il faut arrêter toute forme d'aide financière, d'incitation religieuse ou médiatique, de support logistique ou d'approvisionnement en armes et en combattants qui serviront à tuer nos enfants, nos femmes, les personnes âgées ou à attaquer nos mosquées et nos églises", a-t-il ajouté.

Si le premier ministre irakien n'a pas directement cité l'Iran et la Syrie, accusés par les Américains d'approvisionner les groupes rebelles en armes ou en combattants, c'est bien eux qu'il entendait viser. La première rencontre organisée depuis quatre ans entre les représentants syriens, iraniens et américains, semble avoir toutefois porté ses fruits. Les discussions, décrites comme "animées" par des diplomates, ont été "constructives et efficaces" , selon l'ambassadeur américain en Irak, Zalmay Khalilzad. "Nous avons évoqué toutes les activités qui se déroulent dans la région – les gens, les armes, l'argent qui traversent la frontière (...). La prochaine étape, c'est de voir comment ces déclarations seront traduites en actes positifs", a-t-il souligné.

AU MOINS 26 MORTS DANS UN ATTENTAT-SUICIDE

Outre l'Irak, les Etats-Unis, l'Iran, la Syrie et l'Arabie Saoudite, les autres voisins de l'Irak, la Jordanie, la Turquie et le Koweït ainsi que l'Egypte, le Bahreïn, les quatre autres membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU – Russie, Chine, France, Grande-Bretagne – ainsi que la Ligue arabe, l'Organisation de la conférence islamique et l'ONU sont présents à la conférence. Les délégations se sont retrouvées à l'abri des micros et caméras pour discuter d'une déclaration commune et mettre en place un calendrier pour une nouvelle conférence, cette fois au niveau ministériel, qui devrait se tenir en avril, probablement hors d'Irak.

Trois obus de mortier ont été tiré, en début d'après-midi, à proximité du ministère des affaires étrangères, qui accueillait la conférence. Le ministère, attenant à la zone verte, le secteur ultraprotégé de Bagdad, a subi quelques légers dommages et aucune victime n'était à déplorer.

Mais trois kilomètres plus au nord, au moins 26 personnes, dont six soldats irakiens, ont été tuées et au moins 40 autres blessées lors d'un attentat-suicide à la voiture piégée dans le quartier chiite de Sadr City. Un attentat similaire a fait un mort, non loin de Sadr City, et plus au sud un civil a été tué dans une explosion. Huit autres personnes ont péri dans plusieurs attaques à travers le pays.

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Les pays producteurs de nucléaire seront moins sollicités

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Les pays producteurs de nucléaire seront moins sollicités

LE MONDE | 10.03.07 | 13h38  •  Mis à jour le 10.03.07 | 13h38

BRUXELLES BUREAU EUROPÉEN

e plus dur reste à faire. Chefs d'Etat et de gouvernements ont convenu, vendredi 9 mars à Bruxelles, d'approfondir leurs efforts de lutte contre le réchauffement climatique. Dans l'espoir de réduire leurs émissions de CO2, ils se sont mis d'accord sur un seuil contraignant de 20 % d'énergie renouvelable dans l'ensemble de la consommation de l'Union d'ici à 2020. D'après Angela Merkel, la chancelière allemande dont le pays préside l'Union ce semestre, un tel compromis "ouvre la porte à une nouvelle dimension de la coopération européenne". La mise en oeuvre de cet engagement risque de se transformer en un chantier d'une grande complexité.

A ce jour, la plupart des Etats membres sont très loin du compte. Avec une moyenne à 6,4 % pour les Vingt-cinq en 2005 sous forme hydraulique, bois, éolienne, ou solaire, l'Union aura déjà du mal à atteindre le seuil de 12 % prévu pour 2010. D'après André Antolini, du Syndicats français des énergies renouvelables (SER), "il va falloir se retrousser les manches (...) car on n'a pas progressé depuis des années". Les principaux pays européens vont devoir multiplier par trois leur production de renouvelable. En France, le bois et l'hydraulique représentent l'essentiel des 6 % de renouvelables consommés.

L'éolien est encore très peu développé malgré des taux de croissance annuels voisins de 100 %. Et l'Hexagone compte parmi les mauvais élèves européens en matière de surface solaire installée par habitant.

Le seuil des 20 % doit être atteint au niveau communautaire et non au niveau national. Les débats sur la répartition de cette charge entre les Vingt-sept s'annoncent houleux. Après de longues tractations, il a été convenu, vendredi à Bruxelles, que la définition des objectifs nationaux serait "juste et appropriée", afin de tenir compte des "différentes situations de départ", comme la composition du bouquet énergétique existant.

"GAGNER EN FLEXIBILITÉ"

Les Français, soutenus par les Tchèques, les Slovaques et les Finlandais ont obtenu une prise en compte implicite du nucléaire, qu'ils considèrent comme un autre moyen de lutter contre le réchauffement climatique. "Cela pourra permettre de gagner en flexibilité", se réjouit un diplomate français, pour qui "les procédures d'infraction ne surviendront pas avant 2025".

En attendant, José Manuel Barroso, le président de la Commission, espère pouvoir présenter une proposition législative au troisième trimestre 2007. Afin d'être sûrs de contrôler un processus qui peut avoir d'importantes conséquences sur leur politique énergétique, les Etats membres plaident déjà pour que la future législation soit adoptée à l'unanimité.


Philippe Ricard

Article paru dans l'édition du 11.03.07

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Petit Bayrou deviendra grand

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Petit Bayrou est devenu grand

LE MONDE | 10.03.07 | 14h36  •  Mis à jour le 10.03.07 | 14h36

quoi voit-on la différence entre un candidat à 6 % et le même à 24 % quelques semaines plus tard ? Au nombre de caméras et d'appareils photo qui l'entourent et de micros qui lui sont tendus. Le suivi de François Bayrou, candidat de l'UDF, par les médias a ainsi épousé une courbe quasi parallèle à celle que dessinent les intentions de vote en sa faveur, depuis l'annonce officielle de sa candidature, le 2 décembre 2006.

Ce jour-là, le Ciel avait semblé, déjà, lui ménager ses faveurs. Pour se déclarer candidat à la présidence de la République, le président de l'UDF avait choisi non seulement de le faire depuis le village de Serres-Castet (Pyrénées-Atlantiques), dans son Béarn natal, mais, qui plus est, en plein air, sur la place de la mairie. Faire "descendre" de Paris, un samedi, une escouade de journalistes et d'opérateurs, au risque de devoir les diriger vers un endroit couvert en cas de mauvais temps, le pari était osé. Résultat : cette image qui est restée, sur fond de chaîne pyrénéenne, où le candidat déclaré, entouré de sa famille politique et de ses amis, assume fièrement ses racines rurales.

Il serait faux d'imaginer que les premiers pas du candidat centriste en campagne se sont faits dans l'indifférence générale. Mais il est vrai qu'on ne s'y bousculait pas. Pour son premier déplacement en tant que candidat déclaré, les 13 et 14 décembre dans l'agglomération lilloise, deux monospaces suffisent, sur place, à transférer les envoyés spéciaux de la presse nationale. A Toulouse, le 5 mars, un car et un minibus avaient été réquisitionnés.

Boycotté par les médias, François Bayrou ? Non. Mais, incontestablement, l'ensemble du système médiatique s'était installé dans une configuration de duel Royal-Sarkozy. Le Monde n'y a pas échappé. Quand le conseil national de l'UDF approuve son avant-projet législatif, mi-novembre, pas une ligne dans le quotidien du lendemain, qui a consacré en revanche un long papier aux propositions que l'UMP doit adopter trois jours plus tard, avant d'y revenir le lendemain sous la forme d'une page "Document". Un traitement à double vitesse qui a suffi à installer l'idée que le candidat centriste n'avait rien à proposer. Aujourd'hui, avec la montée en puissance de sa campagne et l'écho qu'elle rencontre, changement de pied : il faut analyser le "réalisme" de ses propositions. Il avait donc des propositions !

Cette nouvelle notoriété est aussi, pour l'équipe du candidat, un élément à gérer. Non seulement parce qu'il lui faut faire en sorte que chacun des professionnels de la presse écrite ou audiovisuelle, régionale, nationale et internationale, puisse travailler dans des conditions correctes, mais parce qu'il lui faut aussi veiller à ce que le candidat ne soit pas submergé.

Un des épisodes les plus délicats à cet égard fut la visite dans la cité du Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie (Yvelines), le 9 février. Pour ce déplacement, des dizaines de journalistes, preneurs de son et d'images avaient pris place dans le RER. A l'étage supérieur de la voiture où est monté le candidat, photographes et cameramen se bousculent pour faire des images. Dans le sas inférieur, Marielle de Sarnez, la directrice de campagne, pressent les difficultés. Avec Philippe Lapousterle, un ancien journaliste devenu le sparring partner de François Bayrou, elle s'inquiète de la manière d'organiser un roulement, sur place, pour que cela ne tourne pas à l'émeute.

Et tout se passera sans le moindre incident. Sans service d'ordre, sans dispositif policier autour du candidat. A l'arrivée en gare de Mantes-la-Jolie, c'est François Bayrou lui-même qui met bon ordre à la bousculade. "Essayez de vous comporter de manière civilisée, lance-t-il à la nuée de reporters qui se presse autour de lui. Ce n'est pas la peine de bousculer tout le monde..."

Depuis le début de sa campagne, le candidat centriste a pris grand soin de consacrer tout le temps nécessaire à la presse régionale. Même avec l'afflux récent de journalistes de la presse nationale ou internationale, il ne modifie en rien cette disponibilité. Tout au long d'une visite d'une demi-journée sur le terrain, ce sont des dizaines d'arrêts informels pour répondre aux journalistes. Auxquels s'ajoute, invariablement, un point presse pour faire un premier bilan avant le meeting du soir. Là, c'est lui encore, la plupart du temps, qui en organise le déroulement : "On commence par la presse écrite. On fera après les radios et les télévisions..."

François Bayrou avait réalisé un coup d'éclat, à la fin de l'été, en s'en prenant à la proximité, et même "l'intimité", le mélange des intérêts entre quelques grandes puissances industrielles dépendant des marchés de l'Etat et les empires de presse, en appelant à la séparation des pouvoirs politique, économique et médiatique. Cette charge violente, doublée d'une fameuse passe d'armes avec Claire Chazal lors d'un journal de 20 heures au sein même de la citadelle TF1, aurait pu suffire à ranger le candidat de l'UDF dans la catégorie des "grognards" dont les médias se méfient. Il se distingue, au contraire, avec les professionnels qui le suivent dans sa campagne, par une disponibilité de tous les instants.

C'est peut-être tout ce qui fait la différence entre le candidat Bayrou et Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal. Là où les autres imposent une stricte organisation, soucieux d'offrir d'eux-mêmes l'image la plus avantageuse, lui s'en remet à la responsabilité des journalistes, laissant à chacun le maximum de liberté dès l'instant qu'on lui laisse la sienne, n'hésitant pas à remettre en place quand la façon dont se passent les choses ne lui paraît "pas convenable", le tout dans un esprit un peu boy-scout, bazar organisé, mais qui finalement se déroule sans heurts et satisfait tout à la fois les professionnels de la presse et les citoyens à la rencontre desquels François Bayrou prend un évident plaisir et le temps d'aller.

Les seuls qui fulminent sont les membres de son équipe, qui voient les retards sur les horaires prévus s'accumuler et sont obligés, en permanence, d'adapter l'organisation de ses déplacements.


Patrick Roger

Article paru dans l'édition du 11.03.07

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Euthanasie: des médecins expriment leur désarroi quand il n'y a pas d'autres solutions

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Des médecins expriment leur désarroi lorsqu'il n'y a pas "d'autre solution"

LE MONDE | 10.03.07 | 13h49

e ne veux pas vivre sur la souffrance des autres. Par deux fois j'ai donné à des patients une surdose de morphine pour les aider à partir" : le docteur Tam Lien Dang, médecin généraliste à Villeneuve-Tolosane (Haute-Garonne), a signé le manifeste publié jeudi 8 mars par Le Nouvel Observateur et Sud-Ouest. Comme plus de 2 000 soignants, il affirme avoir "aidé des patients à mourir avec décence". Et appelle à dépénaliser l'euthanasie.

Dans l'immense majorité des cas, c'est à l'euthanasie passive, autorisée par la loi depuis 2005, que les soignants font référence. Celle qui consiste à arrêter les traitements curatifs et à augmenter progressivement les doses de morphine. Une pratique courante à l'hôpital ou à domicile, mais aussi dans les maisons de retraite, où des personnes très âgées perdent progressivement leurs fonctions vitales. "Au-delà d'un certain stade, on propose à la famille de mettre en place un protocole antidouleur. Dès lors, on sait bien qu'on abrège d'au moins quelques jours la durée de vie", détaille Patricia Mandaron, surveillante infirmière dans une maison de retraite de Lyon.

Face au malade, le médecin est le plus souvent livré à sa seule responsabilité. Le docteur Michel Guenkine se souvient ainsi de cette femme de 78 ans, traitée à domicile pour un cancer en phase terminale, en proie à une extrême souffrance physique et morale : "Je l'ai aidée à partir avec des doses de morphine très importantes, sans pouvoir en parler ni avec elle ni avec sa soeur : catholiques très pratiquantes, elles ne l'auraient pas accepté." Dans les années 1960, époque à laquelle ce psychiatre parisien exerçait encore la médecine générale, il fut amené une vingtaine de fois à abréger de la sorte les souffrances de ses patients. "Il ne s'agissait pas d'une décision, précise-t-il. Dans un souci humanitaire, il n'y avait pas d'autre solution."

Plus rare et toujours illégal est l'acte effectué par ceux qui choisissent d'aider activement, par médicaments ou par injection d'un produit létal, des malades à mourir. Jacqueline Landau, neurophysiologiste à la Pitié-Salpêtrière (Paris), a signé le manifeste parce que la loi ne lui paraît pas suffisante. "La majorité des gens peuvent être endormis et soulagés par la morphine, mais il y en a d'autres pour qui les traitements antidouleur ne marchent pas du tout", souligne-t-elle. Mais aussi parce qu'elle s'est un jour trouvée confrontée au problème, face à une cousine, elle-même médecin et condamnée par un cancer du poumon. "A sa demande, je lui ai donné le nom des médicaments avec lesquels elle pouvait être sûre d'en finir."

PRATIQUE EXCEPTIONNELLE

Sa cousine acheta les médicaments et n'eut pas le temps de s'en servir. Mais le docteur Landau avait bien engagé sa responsabilité. Tout comme le docteur Luc Périno, médecin généraliste à Lyon, qui connut un jour une situation à peu près semblable. Convaincu qu'il faut "se donner les moyens de mettre fin à la vie d'autrui lorsque celle-ci devient contraire à la dignité humaine", il se prononce sans ambiguïté pour la dépénalisation de l'euthanasie active. A l'opposé du docteur Yves Devaux, chargé des soins ambulatoires du centre anticancéreux Léon-Bérard (Lyon), qui suit 350 patients traités à domicile sur la région Rhône-Alpes, dont la moitié en soins palliatifs.

"Lorsqu'un malade en phase terminale demande qu'on l'aide à mourir à domicile, c'est dans 90 % des cas pour ne pas imposer à son entourage sa dégradation et les contraintes qui l'accompagnent", affirme-t-il en évoquant la "très grande prudence" qu'il convient d'avoir face à ce désir. En plus de vingt ans de carrière, il reconnaît toutefois avoir été, "par trois fois", confronté à des situations extrêmes, où il lui a coûté de ne pas accéder à la demande des malades. "Aujourd'hui, j'étudierais ces demandes de façon très sérieuse", ajoute-t-il. Sans pour autant estimer nécessaire une dépénalisation, qui risquerait de banaliser "une pratique devant rester exceptionnelle".

Françoise Defond, infirmière, ne signera pas non plus le manifeste. Le jour où le médecin avec qui elle travaille en maison de retraite lui a demandé de pratiquer l'injection fatale, elle a refusé tout net. "Soulager la fin de vie des gens, oui. Mais les aider à mourir par morphine, c'est quelque chose que je ne veux pas faire." Légiférer à nouveau sur la question ? Elle n'a rien contre. Mais avant tout, estime-t-elle, il faudrait que les soignants apprennent, entre eux, à parler de la mort. "Pas comme d'un échec, ou d'un sujet tabou, mais comme d'une réalité à laquelle nous sommes confrontés tous les jours."


Catherine Vincent

Article paru dans l'édition du 11.03.07

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François Bayrou à égalité avec Ségolène Royal, selon un sondage IFOP

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François Bayrou à égalité avec Ségolène Royal, selon un sondage IFOP

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 10.03.07 | 18h44  •  Mis à jour le 10.03.07 | 19h20

rançois Bayrou est pour la première fois à égalité avec Ségolène Royal en terme d'intentions de vote au premier tour de la présidentielle avec 23 %, selon un sondage Ifop-Fiducial pour Le Journal du Dimanche à paraître le 11 mars et réalisé les 8 et 9 mars. Les candidats centriste et socialiste sont toutefois précédés par Nicolas Sarkozy qui reste en tête des intentions de vote à 28 %.

Le dirigeant centriste, dont la progression est constante dans les enquêtes d'opinion depuis plusieurs semaines, gagne quatre points par rapport au sondage IFOP, pour Paris Match, daté du 26 février et 6 points par rapport à la précédente enquête IFOP pour le JDD des 22-23 février.

Ségolène Royal suit une pente inverse, perdant respectivement 2,5 points et 5 points par rapport à ces précédentes enquêtes. Nicolas Sarkozy perd pour sa part un point par rapport au sondage IFOP Paris-Match et reste au même niveau que dans la précédente enquête IFOP-JDD.

Jean-Marie Le Pen arrive en quatrième position avec 13% des intentions de vote, gagnant respectivement 1 et 1,5 points par rapport aux précédents sondages.

Viennent ensuite Olivier Besancenot à 3,5 % (-0,5), Arlette Laguiller (=) et Marie-George Buffet (-0,5) sont à 2 %, José Bové à 1,5 % (-0,5). Trois candidats sont à 1% - Dominique Voynet (+0,5), Frédéric Nihous (+0,5) et Philippe de Villiers (-1) - et deux à 0,5% : Gérard Schivardi (+0,5) et Corinne Lepage (=). Nicolas Dupont-Aignan n'atteint pas ce seuil.

En cas d'absence de Jean-Marie Le Pen au premier tour, hypothèse envisagée si le président du Front national n'obtenait pas les 500 parrainages d'élus requis pour briguer l'Elysée, Nicolas Sarkozy semble le candidat qui en bénéficierait le plus. Il obtient 34,5 % d'intentions de vote devant, cette fois, François Bayrou (25 %) et Ségolène Royal (24 %). Philippe de Villiers, candidat souverainiste du Mouvement pour la France, pointe dans ce cas-là à 3,5 %, contre 1% si Jean-Marie Le Pen était candidat.

Le sondage a été réalisé auprès d'un échantillon de 881 personnes, représentatif de la population française gée de 18 ans et plus, inscrite sur les listes électorales, extrait d'un échantillon national de 959 personnes.



Ségolène Royal ne commente pas

Interrogée par l'AFP sur ces mauvais résultats, Ségolène Royal a expliqué qu'elle "ne commente pas les sondages". Elle a précisé qu'elle s'emploierait la semaine prochaine, lors d'une série de meetings et d'émissions télévisées, à expliquer la cohérence et les valeurs de son pacte présidentiel, "en quoi il incarne un vrai changement".


François Hollande a pour sa part estimé que Ségolène Royal devait "garder son cap". "La seule manière de gagner une élection c'est de croire d'abord en son projet et en sa candidate. Je pense que Ségolène Royal est la plus crédible aujourd'hui", a-t-il assuré. (Avec AFP)

Posté par Etudiants de SPO à 19:46 - La campagne de l'UDF - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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